La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE DROIT ÉCO~fOMIQUE 679 consentent point à disparaître et qu'ils emploient toutes les armes pour résister à l'envahissement du capitalisme. Comme en convient Ricardo « la substitution des forces mécaniques aux. forces humaines pèse quelquefois très lourdement sur les classes ouvrières et l'opinion des ouvriers concernant les machines qu'ils croient funestes à leur intérêt, ne s'appuie pas seulement sur l'erreur et les préjugés, mais sur les principes les plus rigoureux de l'économie politique ». En effet, un principe inattaquable veut que le prix d'un objet soit en raison de sa rareté et du besoin qu'on en a. De là la tendance toute naturelle chez les ouvriers organisés à raréfier leur travail, au moyen de la réduction de la longueur de la jom0 née de travail, par exemple. Mais les inventions mécaniques viennent contrarier ce mouvement, et, par la création d'une armée de réserve du capital (1), tenir les salaires et la durée du travail quotidien à la discrétion des employeurs. Aussi, John Stuart Mill a-t-il pu dire avec raison : « Jusqu'à présent il est douteux que toutes les inventions mécaniques déjà faites aient allégé la peine quotidienne d'aucun ètre humain. >1 Saut, pourtant, celle des propriétaires d'inventions mécaniques. Les conséquences d'un tel état de choses sont une croissante inégalité des conditions sociales absolument contraire à l'esprit démocratique de la société moderne. Dans l'industrie et clans le commerce, une aristocratie s'est formée, d'autant plus éloignée de la plèbe que la richesse des uns allait s'accroissant en raison de la paupérisation des autres; clansl'agriculture dont les propriétaires exploitant euxmêmes leur fonds ne possèdent à eux tous que le dixième a peine (2) de la superficie cultivée, l'association des efforts n'a pas eu pour corollaire l'association aux bénéfices de la.production. Les classes, (1) c Eu enrôlant sous le capital des couches de la classe ouvrière jusqu'alors inaccessibles, et en mettant eu disponibilité les ouvriers déplacés par la machine, la machine produit une population ouvrière surabondante qui est forcée de se laiser dicter la loi. » (KARL MARX, le Capitul, Ch. XV, p. 176, col. 2). (2) « ~5,000,000 d"hectares, sur 50,000,0v0, sont aux mains de personnes étrangères à l'agriculture"' (A. TouBEAU, le Prolétariat agricole en France depuis 1789. Philosophie positive, n° de juillet-août 1882). Ailleurs, c'est bieu pis, nous apprend Henry Geo1·ge: « Dans l'éclaircisse~ent de la population des comtés agricoles de la Grande-Bretagne, où les petites fermes sont convertie9 en fermes plus grandes, et dans les grands champs travaillés mécaniquement de la Californie et du Dakota, où !"on peut parcourir des milles et des milles à travers des blés ondulants sans voir une habitation humaine, on reçoit déjà l'impression que le but final vers lequel se hâte le monde civilisé est en partie atteint. La charrue à vapeur, la moissonneuse mécanique, sont en train de créer dans le monde moderne des latifundia du genre de ceux que créèrent, dans l'ancienne Italie, les guerres étrangères qui donnèrent aux Romains de nombreux esclaves. (Progrès et pauureté, p. 2,0, 24l.) \ '

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