La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

672 LA REVUE SOCIALISTE besoins essentiels et a rèduire a son minimum la liberté de l'ouvrier; conséquemment à porter a son maximum celle du patron. Lassalle, qui qualifie de loi d'airain cette tendance, dit formellement : « Le salaire moyen du travail est toujours réduit a la stricte limite de l'entretien de la ,'ie, à ce qui, chez un peuple, est nécessaire a la conservation. de l'existence et à la reproduction de l'espèce (1). » Ce fut également l'avis de Turgot, qui disait : « En , tout genre· de travail, il doit arriver et il arriYe que le salaire de l'otlYrier se borne a ce qui lui est nécessaire pour se procurer sa subsistance, ,, et de Ricardo, pour qui « le prix naturel du travail est celui qui fournit aux om-riers en général les moyens de subsister et de perpétuer leur espèce sans accroissement ni diminution. Quand le nombre des ouvriers s'accroît, les salaires descendent à leur taux naturel, et quelquefois ils tombent. encore plus bas ». Cette loi d'airain est le corollaire inévitable de la monopolisation des moyens de subsistance par une minorité. J.-B. Say le reconnaît expressément, lorsqu'il. déclare qu' « il est difficileque le salaire du manouuier s'élève au dessus ou s'abaisse au-dessous de ce qui est nécessaire pour maintenir la classe ouvrière au nombre dont on a besoin ». Jules Guesde (2), qui a repris pour son compte la loi d'airain, l'a faite sienne et l'a nllgarisée dans le public français, déclare plus catégoriquement que « le salaire, strictement limité a ce qu'il faut au travailleur pour vivre et se reproduire, ne saurait descendre au-dessous», attendu qu'au-dessous, c'est la mort (3). On peut, en effet, affü·mer, en se basant sur l'expérience, que les salaires oscillent autour de ce minimum. Sont-ils plus éleyés dans une corporation, les apprentis se multiplient et, par suite, les ouvriers, lesquels, se faisant concurrence, en abaissent fatalement le taux. Cet abaissement a-t-il été excessif, la famine fait des Yicles clans les rangs ouvriers, et, raréfiant les b1·as,en hausse le prix. Par les progrès mécaniques, par la dépréciation croissante de la valeur (1) L€ttre ouverte aux travailleurs de Leipzig, 1863. (2) La loi des salaires et ses co1t~équences. (3) < Si, dans les conditions existantes, les Guvriers américains arrivaient à adopter la manière de vivre de:s Chinois, il leur faudrait accepter leurs salaires; ou si les ouvriers anglais se contentaient de la poignée de riz et du vêtement élémentaire du Bengalais, le travail serait bientôt aussi mal payé en Angleterre qu'au Bengale. En introduisant la pomme de te1-re en Irlande, on espérait améliorer la condition des dasses pauvres en augmentant la différence entl'e les salaires qu'elles recevaient et le coùt de la nourriture. La conséquence de cette introduction a été la hausse de la rente, la baisse de5 salaires, et, à la suite de la maladie de la pomme de terre, les ravages de la famine dans une population qui avait Mjà réduit sa moyenne d'aisance si bas que le degré au dessous, c'était la mort par la faim. > (HENRY GEORGE, Progrès et pauvreté, p. 290. Traducti()n Le Monnier.)

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