La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

664 LA REVUE SOCIALISTE Après une éloquente et saissisante critique des maux.qu'a engendré la propriété individuelle et qui dévorent l'humanité, Me~lier conclut, aYecune précision parfaite. « Si les hommes, dit-il. possédaient et jouissaient en commun des richesses, des biens et des commodités de la vie; s'ils s·occupaient unanimement tous, à quelque honnête et utile travail ou au moins à quelque honnête exercice, et s'ils ménageaient sagement entre eux les biens de la terre et les fruits de leurs travaux et de leur industr·ie, ils auraient suffisamment bien tous de quoi vivre heureux et contents; car la terre produit toujours assez suffisamment et même assez abondamment de quoi les nourrir et les entretenir, s'ils faisaient toujours bon usage de ces biens, et c'est fort rarement quand la terre manque à pro.:luire le nécessaire à la vie, et aussi chacun aurait suf(isamment de quoi vivre paisiblement, personne ne manquerait de ce qui lui egt nécessaire. » Sujet de Louis XIV, le modeste curé se défie du centralisme gouvernemental, et pour la réalisation de son idéal il fait appel à des Communautés économiques qui « doivent faire une alliance entre « elles pour garder inviolablement la paix. et se secourir en cas lle « besoin » (1). Communiste en socialisme, fédéraliste en politique, Meslier est libertaire sur la question familiale qu'il résout de la sorte : « Liberté de former des alliances chacun suiyant ses inclinations, les dites alliances pouvant être librement dissoutes, lorsque les conjoints ne se trouYeraient pas bien ensemble.» Sur ce point, il est logique jusqu'au bout; pour lui, les enfants, sans être privés de l'amour Iles parents, doivent ètre mis à la charge de la communauté. Ajoutons que, eontrairement à toutes les opinions de son temps, Meslier ne croyait pas du tout à la possibilité de réformes sérieuses par la monarchie. Révolutionnaire isolé, dans le silence de sa conscience, il disait an peuple que son seul moyen de salut était ùe se soulever contre ses oppresseurs religieux, ses tyrans politiques et. ses spoliateurs sociaux. Cet incroyant croyait à une chose : la prochaine révolution libératrice. (1) Meslier définit ses Communautés comme suit : « J'entends par là tous ceux d'un même endroit ou d'un même terroir en sorte que tous ceux et celles qui seraient d'une même ville, d'un même bourg, d'un même village et d'une même parois~e, M composeraient tous ensemble qu'une même famille, se regardant et se considérant tous les uns et les autres comme frères et sœu,·s ... et qui, pour cette raison, devraient tous s'aimer les uns et les autres comme frères et comme sœurs, et par conséquentdevraient vivre paisiblement et communément ensemble, n'ayant tous qu'une même et semblable nourriture et étant tous également bien vntus, égale::nent bien logés et bien couchés et également bien chaussés, mais s'appliquant aussi tous à la besogne, c'està-dire 1,u traoail, ou quelque autre honnête et utile emploi, chacun ;,uivant sa profession ou suivant ce qtii serait plus nécessaire ou plus convenable de faire, suivant les temps ou les saisons et suivant les besoins que l'on pourrait a\•oi1• de certaines chose!!.. »

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