La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA PI\OTESTATION COMMUNISTE 663 En ne le présentant que sous cet aspect, Voltaire, d'Alembert, cl'IJolbach, Sylvain l\Ial'cchal ont, eh quelque sode, calomnié le mo<leste cut·é champenois, qui l'ut et resteea l'un des plus sagaces 1·epec;:;entant:;tlu communisme <lansles siècl('s qui p1·cccdèrnut la Révolution. Jean Mesliet· Ji'otait pas seultiment antichl'élien, athée et matérialiste comrhe IIolJIJes, comme Bayle et Gasselidi; l'épulJlicain comme Jut·ieu, métaphysicien t·éitionaliste comme Locke, il était aussi critique social, comme Vauban, comme La Bl·uyèt·e. De plus, et c'.est la sa plus étonnante originalité, il était communiste, comme l'avait été Mot·e et mieux. cet·tai11ernent que Campanella. Cc Jcah Meslier supéric111· nous a été révélé pa1· lin publiciste èt.ranger, M. Charles Rudolf qui, ayant été asseY.heureux. pour découv1-it-un autre manuscrit authentique 1lu Testament, a eu le bon· espt·it et l'honnêtetè de le puulier in tég1·aloment (l). L'auteut· <lu Testament est, dans toute l'acception <lumot, communiste rèvolutionnair·e. Lui p1·emier, peut-ètl'e, il constate l'antagonisme des classes. puis il 1lénonce en traits de feu, les oppressions et le parasitisme de la noblesse, du clergé, de la bourgeoisie de 1·obe,de tous les suppôts de la tyrannie. 11. Vous vous étonnez, dit-il aux trnva-illeurs foulés aux pieds, vous vous étonnez, pauvres peuples! que vous ayez tant de mal et tant de peines dans la vie! C'est que vous portez seuls tout le poids du jour, de là chaleur comme les laboureurs dont il est parlé <lacis une parabole de l'Èvangiie; c'est que vous étes chargés, vous et tous vos semblables, de tout ie fardeau de vos rols et de vos p1·inces, qui sont vos premiers tyrans; mais vous êtes encore chargés de toute la noblesse, de tout le clergé, de toute la moinerie, de tous les gens de justice, de tous ies gens de gue1·re, de tous ies maltotiers, de tous ies gardessel E1t de tabac et enfin de tout ce qu'il y a de géhs faiitéailts et inutiles dans ce monde. Car ce n'est que des fruits de vos pénibles tratidux que tous ces gerislà viuent, eux, tous r.eu± et celles qui les servent. Vous fournissez par vos travaux non seulement tout ce qui est nécessaire à leur subsistance, mais encore tout ce qui peut servir à leurs divertissements et à leurs plaisirs. » Cela est contrail·e a toute justice, se hâte d'ajouter Jean .Meslier, car, dit-il, " tous les hommes sont égaux. par nature; ils ont tous également droit de vivre et de marcher sur là terre; également d'y jouir de leur liberté naturelle et rl'ayoÏl·part aux. biens de la terre, en travaillant utilement les un~ et les autres, pour avoir les choses nécessaires à la vie. (1) Le Testament de Jean Meslier, curé d'Etrepigny et de But en Champagne, décédé en 1723; ouvrage inédit, précédé d'une préface et d'une étude bibliographique, par Charles Rudolf, Amsterdam, à la Librairie étrangère. R-C. Meijer, 186q, 8 vol. Voir aussi sur le même sujet : La Revue d'économie politique, article du Dr Carl Gruenberg ayant pour titre : Jean Meslier précurseur du socialisme contemporain, et dans la Revue -~ocialiste d'août 1888, un article c!e l'auttJùt· de ces lignes sous la rubrique : Jean Meslier communiste et réuolutionnaire.

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