La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

654 LA REVUE SOCIALISTE détruits (1). On ne respecta, encore une fois, que les institutions de tyrannie et de servitude. Où trouver la cause de cette destruction sauvage de co qui était bien et beau dans l'ordre ·ancien, aggravée par la conservation do ce qui était mal? Dans la doctrine catholique elle-même, telle quo la fit malheureusement prévaloir l'homme de Tal'se. Le mépris de la vie humaine, la rncherche du salut individuel, non pas en faisant le bien autour de soi, mais en fuyant le monde et en se macérant follement, la méconnaissance et même le rejet des devoirs purement sociaux, tout cela ne pouvait produire que cette réaction, effroyable réaction pessimiste, ultra-spiritualiste, fanatique (2)et anti-humaine 9-uifaillit empêcher l'éclosion de la civilisation occidentale (3). (f) Voir sur ces faits historiques trop peu connus le témoignage éloquent du grand écrivain catholique Châteaubriand (Etudes historiques, 2• volume). Voir aussi une saisissante et savante étude publiée par Goblet d'Alviela dans la Revue de Belgique sous ce titre : l'Œuvre du catholicisme. (2) Voici le témoignage d'un historien peu suspect d'hostilité vis-à-vis du catholicisme : cc Parcourez l'histoire du vc au xv1• siècle, c'est la théologie qui « possède et dirige l'esprit humain; toutes les opinions sont empreintes <le « théologie; les questions philosophiques, politique~, historiques sont toujours « considérées sous un point de vue théologique. L'Eglise est tellement souve- ,< raine dans l'ordre intellectuel, que même les sciences mathématiques et phy- « siques sont tenues de se soumettre à ses <loctrines. J> lGuizot: La Civilisation en Europe.) Joseph de Maistre regrettait vivement ces temps où le dogme tout•puissant étouffait la science, en b1·ûlant le savant, au besoin. « Autrefois, dit-il dans ses Considérations sur la Révolution française, autrefois il y avait très peu de savants, et un très petit nombre de ce petit nombre était impie; aujourdhui, on ne voit que savants; c'est un métier, c'est une foule, c'est un peuple; et, parmi eux, l'exception déjà si triste est devenue règle. De toutes parts ils ont usurpé une influence sans bornes ; et cependant, s'il y a une chose sûre dans ce monde, c'est, à mon avis, que ce 11'estpoint à la science qu'il appartient de conduire les hommes. Rien de ce qui est nécessaire ne lui est confié. Il faudrait avoir perdu l'esprit pour croire que Dieu ait chargé les académiciens de nous apprendre ce qu'il en est et ce que nous lui devons. n appartient aux prélats, aux nobles, aux grands o(fi.ciers de l'Etat d'être les dépositaires et les gardiens des vérités conservatrices, d'apprendre aux nations ce qui est mal et ce qui est bien, ce qui est ·1Jraiet ce qui est faux dans l'ordre spirituel. - « Les autres (les savants), continue de Maistre, n'ont pas LE DROIT de raisonner sur ces sortes de matières. - 4. Ils ont les sciences naturelles pour s'amuser; de quoi pourraient-ils se plaindre 1 Quant à celui qui parle ou écrit pour ôter un dogme national au peuple, il doit ètre pendu comme voleur domestique. Rousseau même en a convenu, sans songer à ce qu'il demandait pour lui. - < Pourquoi a-t-on commis l'imprudence, dit de Maistre en terminant, d'accorder la parole à tout le monde1 C'est ce qui nous a perdus. ,. (3) « Puisque l'inégalité est dans le ciel, comment ne serait-elle pas sur la « terre'? Pourquoi les-uns ne seraient-ils pas immuablement prédestinés à jouir

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==