LA PROTESTATION COMMUNISTE 653 « naturels dans les choses qu'il a détournées du fond commun et que « la vivlence seule lui conserve. ,, Ainf'-iparlèrent les fondateurs du christianisme; on sait ce que fut la réalisation: le funèbre moyen âge,« cette terreur de mille ans)), a dit notee Michelet (1). (< Le moyen âge, noires années d'abomi- « nable barbarie, avilissait les esprits par la recrudescence des plus « ineptes superstitions, par l'atrocité des mœurs et la tyrannie san- « glante du fanatisme religieux», a confirmé Leconte de Lisle (2). Les deux grandes iniquités du monde anti4ue, la tyrannie gouvernementale, et l'esclavage (ce dernier modifié en servage, parce que les nécessités économiques nom·el\es le voulaient ainsi) furent conservées par le christianisme tout puissant et tout natm·ellE:mentaussi la pl'opl'iété individuelle, le tout avec l'aggi·avation des im·asions barbares et des spoliations féodales qui :;'entèrent sur les Yieilles injustices propriétaires et fiscales. La réYolution chrétienne, nulle au point de vue social, ne pécha pas, pourtant, pa1· timidité ou par considération pour l'ancien ordre qu'elle bouleversa de fond en comble dans sa foi et dans ses rnœurs (3). Sur ce point, par exemple, les faits furent conformes aux principes. Nulle destruction barbare n'égale en ruines et en horreur la destruction chrétienne des incomparables meneilles de l'art hellénique. Les temples furent atterrés, leurs 1·ichesses confisquées, la bibliothèque d'Alexandrie, cet immense et inappréciable réservoir de toutes les traditions, de toutes les connaissances humaines {ut criminellement incendiée par l'évêque Théophile et les bandes de moines de la Thébaïde qu'il mobilisa pour la circonstance (3). Lef'- statues ne furent pas plus épargnées que les temples et que les manuscrits ; c'est par centaines de mille que le marteau chrétien les pulvérisa. Tous les édifices publics .eurent le même sort. En un mot toute la pensée antique fut étouffée, tous ses arts furent (1) Discours de réception à l'Académie française, 3 l mars 1887. (2) « Quelle distance énorme entre l'idée antique de vertu et l'idée chrétienne ! Repousser l'injustice, supporter l'injustice; révérer la beauté, mépriser la beauté; servir la société et fuit· la société, ne sont pas seulement des traits accidentels de tendances d'esprit divergentes, malgré l'identité des principes moraux, ruais des contrastes qui naissent de l'opposition très profonde des principes de mo1·ale. Au point de vue du monde antique, le christianisme tout entier était notoirement immoral. (Lange : Histoire du Matérialisme.) (3) « Quels sont. les dest1·ucteurs de nos temples1 dit Libanius. Ce sont des hommes vêtus de robes noires qui mangent plus que des éléphants. » « Il y a une race appelée moin~s. dit pareillement Eunape; ces moines, hommes par la forme, pourceaux par la vie, font et se permettent d'abominables choses ... Quiconque porte une robe noire et présente au public une sale figure, a le droit d'exercer une autorité tyrannique.» (Eunape, • Apud Goblet d'Alviela : l'Œu.- vre du catholicisme).
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