La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA PROTESTATION COMMUNISTE 651 d'auti·es sources 9.ue l'iri,.justicedes hommes, les uns ne pouvant les posséder que par la ruine des autres. Aussi, dit-on communément, co qui me paraît très véritable, que coux. qui possèdent de grands biens ne sont riches que par leur prop,·e infustice ou par celle de ceux dont -ilssont les héritie,·s. Saint Jean Chrysostome nous a laissé des accapareurs et des ai:rioteurs do son temps ce pol't1·ait qui mérite bien d'être conservé. L'éclat <lu stylo, l'émotion communicative rivalisent avec la sûreté de la pensée : « Le tert·itoirn do noti-oYillc fut frappé d'une grande sécheresse, « les grains oirnemencésne pa1·venaient pas à gei·mer ... et, suiYant « l'antique p1'édiction de Moïse, un ciel d'airain était su.-pendu « immobile sur nos têtes. La famine approchait, on la voyait, on « l'attendait, et avec elle la plus cruelle des morts ... Tout à coup, « le ciel <l'airain s'amollit, de:; nuages s'a1i10ncellent et, s'entrou- « nant soudain, laissr,·ent tomber la pluie a.-ec tant d'abondance, 11 qu'a sa Yue toutes les poitrines haletaient de joie. Ivres de bon- « heur, les citoyens se mirent à courir les rues comme des échap- « pés a la mol't. C'était une fête générale, des transports d'allé- (< gre ·se inexprimables. Au milieu de toutes ces joies, un homme « cheminait triste et comme oxténué sous le poids de quelque « gPande douleur. C'était un riche, un des opulents de la cité, et « comme on lui demanda pourquoi il· était triste dans le délire « commun, il ne put garcler au fond de son cœtir le sujet de sa u • peine et, de même qu'une maladie intérieure déborde et éclate (( clans le paroxysme de sa violence, la maladie de cet homme « éclata hideuse à fous les yeux. - « J'avais amassé, dit-il, dix mille mesures de blé et je ne sais ce « que j'en ferai a cette heure». - « Voilà quel était le sujet de ses « angoisses. Dites-moi, je vous prie, ne méritait-il pas d'être lapidé <' comme plus inhumain que les bêtes féroces et comme un ennemi •< public (1). >> Le grand prédicateuP chrétien n'est pas moins radical quand il parle dè la propriété en général. Elles sont aussi de lui ces paroles: « N'user de son bien que pour son seul usage c'est en dépouiller le pauvre, c'est être le 1·avissewr du bîen d' auh·ui et s'exposer à tous les châtiments dont est menacé le spoliateur. Ce que vous pouvez vous réserver à vous,même, c'est le pur néoessaire, tout le reste est au pauvr(:), sa propriété, non la vôtre. » Saint Grégoire-le-Grand renchérit : « L4 tqrre est commune à tous les hommes, c'est donc en vain que cet1x-'làse croient innocents qui s'approprient à eux seuls les Mens que Dieu a rendus communs, puis- ( 1) Oit• par P, J,.af,irg"~ ; Revue 1c>ci11liete, t •0 eérie, 1880,

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