650 LA REVUE SOCIALISTE Pourtant les commencements, en la petite église de Jérusalem, sous le direction de Pierre, furent touchants : « La multitude de ceux qui croyaient n'avait qu'un cœur et qu'une âme, et nul ne disait des choses qu'il possédait.qu'elles fussent à lui en particulier, mais toutes choses étaient communes entre eux. Il n'y avait personne parmi eux qui tût dans l'indigence parce que tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, et ils en apportaient le prix et ils le mettaient aux pieds des apôtres, et il était distribué à chacun selon qu'il en avait besoin (1). » C'était à la lettre l'application du précepte évangélique : « Allez, vendez ce que vous avez 'et donnez-en le prix aux pauvres. » Seulement, cela ne pouvait durer; les ressources de la communauté ne provenant que des dons volontaires des riches, car de travail chez ces fervents, il n'en était guère question. L'Evangile n'avait-il pas coudamné le travail comme une préoccupation trop terrestre? Les textes abondent : ,< Les lys ne filent point et sont mieux vüus que Salomon dans toute sa glofre. - Marthe vous vous donnez trop de mal, Marie a choisi la meilleure part. - Vous aurez toujours despau,vresparmi vous.-Les derniers venus seront lespremiers,etc.» Toute à l'humilité et au renoncement, fermée au travail et à la justice, la communauté chrétienne ne pouvait donc prétendre à la généralisation de son principe; aussi fut-elle facilement battue en brèche par la propagande individualiste et opportuniste de Paul, le néfaste et trop habile ambitieux qui a fondé le christianisme sur les ruines de l'évangélisme. •Toutefois, le communisme resta dans les traditions chrétiennes, qui remontaient elles-mêmes aux communautés esséniennes et ébionites dontlesouvenirétait vi"rncechezlesmeilleurs de la nouvelle religion. et.les plus illustres écri;-ains des premiers siècles.Les Chrysostomo, les Jérôme, les Basile, les Grégoire, les Clément, les Lactance, les Ambroise, etc., tonnèrent constamment contre les riches et contPe la propriété individuelle. La violence de leurs objurgations subversives n'a pas été dépassée par les plus ardents révolutionnaiPes ile nos jours. Ce n'est pas sans raison, s'écrie saint Jérôme, que l'Évangile appelle les biens de la terre, des riche1,sesinJustes car ils n'ont point fut pous8ée à un tel point par le troupeau des commentateurs que la p1•opreté devint vice, l'hygiène, crime et la saleté, vertu. A Kant était r/!sarvé l'honneur de découvrir que la vie n'est ni une épreuve imposée par un dieu fantasque, ni un champ d'exercice pour l'insane macér&teur, ni une course à. la puissance et à la jouissance; mais bien un devoir, une mission de ilignité envers sol-même, de justice et de bonté envers autrui. » (B. Malon : Morale sociale.) (1) Saint LuQ : Acte, des ApôtreB, IV, 32.
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