La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA PROTESTATION COMJ\IUNISTE 649 l'avaient autrefois commandée les deux grands maîtres, Pythagore et Platon. Un siècle après legrand thaumaturge ... , le pythagoricien ... Plotin, ayant gagné à sa cause l'impératt·ice Solinine, femme de l'empereul' Galien, voulut réalisel' la République du divin maître dans une ville de Campanie. Une intrigue ùe cour fit échouer le projet. A ce moment, l'idée hellénique était épuisée, les stoïciens dont les nobles enseignements étaient le refuge des grandes âmes, dérivaient tl'une inspiration orientale (l ). De là la théorie de l'aproegmène et de l'apoproegmene, la distinction entre le bien et la vertu, et l'abandon, en somme, ùes réformes sociales profondes; même pendant la splendide époque antonine qui vit sur le trône impét·ial des Antonins et des Marc-Am·èle, auxquels, franchissant les temps, il faut rattache1· Julien, « l'homme le plus digne de gouverner les hommes ,,, a ·ait Montesquieu. Le Yieux monde s'abandonnait luimêrne. Contl'airement à l'antique et belle presc1·iption de l'oeacle célèbre de Cos : Il est divin de travailler à vaincre la douleur, Lucien, moitié ironique, moitié sé1·ieux, faisait répondre par son Saturne géronti é, à une réclamation des pauvres : (( Il est trop difficile de rectifier les destins filés par Clotho el les autres Parques. Résignez-vous, je dirai aux riches de ne pas tt-op abuser. » C'était l'abdication; le g1·and Pan était bien mort, le Christianisme pouvait venir. IL LE COJIIMUNISi\IE CHRÉTIEN Avec les premiers chrétiens, le communisme perdit sa tradition de noblesse et son aristocratisme; il devint une simple forme de renoncement pour les riches. Il ne s'agissait plus ici, comme chez les philosophes du monde hellénique, rle réformer de trop criants abus, de trouver un système d'organisation sociale basé sm· la justice et devant aboutil' au bonheur universel; on se dépouillait de ses biens, exclusivement pour plaire au nouveau Dieu qui avait voulu, croyait-on, que ia vie ne fût qu'une épreuve douloureuse, ayant pour enjeu terrible ou une éternité de bonheur égoïste avec quelques élus, ou bien, avec la presque totalité de l'espèce humaine, une éternité de supplices à faire 1·eculer l'imagination d'un Caligula et d'un Néron (2). (t) A noter que Zénon, le chef de récole stoïèienne est d'origine phénicienne, sémite par conséquent. (2) « L'éthique chrétienne fut immorale en pou~sant à l'austérité jusqu'à l'obligation de ;1etorturer follement soi-même et à s'insurger non moins follement contre les conditions de la vie humaine, contre la nature elle-même. La chose

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