La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

648 LA REVUE SOCIALISTE cratie, écrivit les Lois (1) dont la renommée dépassa celle pourtant si grande de la Révubhque. En ce nouvel ouvrage, le grand ancêtre hellénique du communisme eut bien soin de marquer que les réformes égalitaires ne pouvaient être qu'un acheminement à la République communautaii'e. « L'Etat le plus pa1·fait,est-il dit expressément dans le préambule des Lois, l'Etat le plus parfait est celui dans lequel on pratique à la lettre l'antique adage (pythagoricien) que tout est réellement commun entre amis. Quelque jour que cela arrive, ou doive aniver, que les femmes, les enfants et les biens soient communs; qu'on mette tout le soin imaginable à faire disparaitre d'entre les hommes jusqu'au nom de propriété, afin que soient communes autant que cela sera possible, même les choses que la nature a données à l'homme en prop1·iété comme les yeux, les mains, les oreilles, au point que tous les citoyens croient voir, tra-vailler, entendre en commun et approuyent ou blùment toutes les mêmes choses et que lelll's peines et leurs plaisit·s soient tout à fait pa1·tagés. En un mot, partout où les lois se proposent de faire l'Etat parfaitement Un, là est le commun de la Yertu politique et les lois ne peuyent axoir une meilleure direction. Cet Etat est la demeure des dieux ou des fils des dieux (les initiés) et le séjour du plus parfait bonheur. Le sage ne consentira jamais à eu gouverner d'autres (2). » Riche en aclmit·ateurs, Platon n'eut pas d'imitateurs et il reste le seul représentant théorique du communisme dans l'antiquité. Il nous faut franchir cinq siècles pour saluer Apollonius de Tyane, qui, en même temps qu'une morale supérieure, prêchait aux foules, suspeudues à ses lè,Tes éloquentes, la communauté des biens, comme (1) D'après les Lois le territoire devait étre pari.agé en lots et tiré au sort entre cultivateurs qui gardaient leur lot (sans pouvoir l'augmenter) jusqu'au jour où un nouveau partage était nécessaire. Les métaux précieux étaient prohibés, le commerce durement réglementé. Les familles pouvaient acquérit· des richesses mobilières jusqu'à concurrence d'une valeur quadruple de leur lot de terre. Les trois magistrats suprémes étaient annuels et élus au suffrage univel'sel, Les filles ne devaient point avoir de dot et chaque homme pouvait choisir sa femme dans toutes les classes. La population entière était divisée en trois chœurs : 1 ° chœur des enfants; 2° chœur des jeunes gens de moins de 30 ans; 3° chœur des individus de plus de 30 ans. La République devait envoyer des observateurs chez les antres peuples, pour rechercher quelles étaient leurs meilleures lois. Les poètes étaient tolérés, mais il leur était interdit de corrompre la population par des ,~hants licencieux. La péche et la chasse aux oiseaux qui habituent à une lâche cruauté, étaient interdites. (2) C'est un peu excessif, mais sincère. En effet, éblouis par la lecture des Lois, sept peuples: les Arcadiens, les Thébains, les Crétois, les Eléens, les Phyrréens et les Syracusains lui demandèrent une constitution. Le philosophe leur dit: Voulez-vous établir l'égalité? Ces peuples ayant refusé, il ajouta: < Cherchez un autre ,législateur et bâtissez vos villes que des de.1potes viendront asservir ou détruire. »

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