La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

646 LA REVUE SOCIA.LISTE que Platon ne fut inférieur que lorsqu'il s'inclina devant les coutumes de son temps (sacrifices des faibles à la naissance (1), proscription des attractions personnelles dans la formation des couples, maintien des classes, etc.).« On a remarqué, dit un historien philo- « sophe trop peu connu, que partout où Platon est au-clessous <lelui- « même, c'est lorsque, grâce aux idées aristocratiques que lui avait « données son maître Socrate, il voulait prendre Sparte pour modèle » (2). Ce que, à l'auteur clela République, et par une extension quelque peu excessive aux socialistes, on a le plm; reproché, c'est la théorie platonicienne de la« communauté des femmes>). Nous en dirons quelques mots. Tout d'abord, le mot « communauté cles femmes", qui signifie la lemme l'éduite à l'6tat de chose, est impropre en cette circonstance, Platon est le premier partisan de l'égalité closfemmes. Tant yaut la femme, tant yaut l'homme, disait-il, et. il recommanc1ait que les deux sexes eussent ia même éducation (3). Il alla même jusqu'à reconnaître c1es<1roitspolitiques aux femmes. Il n'en fut pas moins blàmable de recommander la promiscuité que les pythagoriciens m·aient écartée. 1\Iais il faut bien dire que cette promiscuité, dont l'idée nous révolte justement et qui est incompatible ayec le sentiment assez mocterne de l'amour, et clu respect, assez moderne égaJement, de la personne humaine, n'inspirait pas alors la même horreur, comme le prom·e, entre autres fait.s, la consiclération dont jouissait l'hétaïrisme ('1). La théorie promiscuita.ire ôtait en (1) Singulière sélcr.tion que cette s6lecLion pul'cment physiq,10 ! Ainsi Victor Hugo qui ne parai><saitpas né viable, et Byron qui avait un pied bot auraient été sacrifiés! (2) J. Denis : Jiistoire des idées morales dans L'antiquité. (3) On lit dans les Lois : « En général nos lois auront une égale action sur << un sexe et sur l'a,..tre. Les femmes ont une si grande influence SJLr les « hommes que ce sont elles qui déterminent leur caractère. Partout où elles << sont accoutumées à une vie molle et somptueuse, vous pouvez dire que los « hommes sont corrompus et amollis. ,. Combien de démocrates de nos jou1·13n'ep sont pas encore lii 1 (4) Les seuls noms de femmes qui restent dans l'histoire de la pé1·iode vivante de l'Hellènie sont des noms d'hétaïres; on n'a que l'embarras du choix; Laïs, Ph1·yné, Thaïs, Myhrrina, Théodote 1 Lrerona, Lamia etc. Ce n'est pas à ses poésies lyriques que la grande poétesse Sappho doit l'immortalité qui s'attache à son nom. Des femmes légitimes, on ne connait que les exploits de harengère& que no1.1sont contés Aristophane et Euripide, Les Athénion11 ne pardonnèrent pas au glorieux Périclès lui-môme d'avoir youlu faire exception à la règle. Sa légitime épouse, Aspasie, épousée il est vrni, contre la coutume interdisant aux patriciens d'épouser des étrangères, fut calo;nnieusement qualifiée d'hétaïre, parce qu'elle recevait et ébloui~sait de son esprit les philosophes, les orateurs et les poètes de son tempii. UQe seule épouse régulière A laissé son nom <lan11l'histoire,c'1111t Xantippe

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