La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA PROTESTATION COMMUNISTE 643 qui fut tenu pour une forme s0ciale supérieure, rendue seulement impraticable par la méchanceté des hommes (1). On le prenait tellement ainsi, que les prêtres de tous les temple s initiatiques, les adeptes de toutes les grandes écoles philosophiqu es, vécurent toujours en communauté entre eux pour marque r leur supériorité intellectuelle et morale. Il en fut ainsi notammen t des prètres initiés de Thèbes, de Memphis, de Saïs, d'Hélio polis, de Neith en Egypte; de Delphes, d'Eleusis, de Samothrace, da ns le rnoJ1<lehellénique. Les gymnosophistes de l'Inde, les druides gaulois, les prophètes juifs de Jéricho, de Galgala, de ~et.hel et de Rama vivaient aussi en communauté. Parmi les écoles philosophiques qui se soumiren t aux nobles rè- gles de la vie commune, il conyient de noter par ticulièrement l'é- cole pythago1·iciennodont l'Institul communiste de Crot.one,que détruisit une démoc1·atie soupçonneuse, a marqué profondément son passage sut· les tables d'airain de l'histoire. La ' devise pythagoricienne mise en pratique à Crotone était ainsi f ormulée : « La jus- ·« tice est le commencement de l'égalité, l'amit ié en est l'ache- « minement; ramitié est une communauté, tous _ les biens doivent u êtee communs entre ami:-. -,,C'était toujours le c ommunisme aris- tocratique (2). Ainsi, considéré comme le pri,·ilège des« supérieu rs n, le commu- nisme ne pouvait être d'abord enYisagécomme un desideratum social; les philosophes réformateurs (3) qui proposèren t ou accompli1·ent la démocratisation des cités helléniques n'allère nt jamais au-delà des revendications égalitaires et. n'eurent pour argument traditionnel que l'évocation du souYenir d'ancienn es libertés, d'an- ciens domaines communaux conÎlsqués pae les ri ches. Du reste, les démocraties goûtaient si bien ce genre d'argu ments qu'Aristote (1) Voir Hésiode : Les Trauaux et les Jours; Ü9ide : Les Métamorphoses; Lucien de Samosate : Dialogues et particulièrement les Epitres saturnales. (2) Chez ce peuple hellène qui, au dire de Gœth e, « conçut le mieux le songa ùe la vie», et au dire de Varron, compta un mo rne.ntplus de del;lx cents sectes ayant pour but la recherche du bonheur, il n'es t pas jusqu'aux Epicuriens qui, pendant la vie du Maitre, n'aient pratiqué une so rte de communisme volontaire : c Epicure ne voulut point imiter Pythagore, qui disait qu'entre amis tout doit être commun; il trouvait qu'un tel établisse ment marquait de la défiance, il aimait mieux que les choses fussent !ur un p ied tel que chacun contl'ibuait volontairement aux besoins <lesautres, quand c ela était nécessaire. Il est sûr que cetle idée approche plus de la perfection qu e ne Je fait la communauté des biens et qu'on ne saurait asse:r.admirer l'union dès di sciples d'Epicure et l'hon- nêteté avec laquelle ils s'aidaient,chacun demeu ,·ant maîtl'e de son patrimoine. » (Bayle : Dictionnaire historique et critique.) (3) Thalès et Hyp!Jodome de Millet, Charondas de la G1·ande-Grèce, Zaleucus de Locres, Solon et Clisthèue 'd'Athènes, Philéa s de Chalcédoine, etc.

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