La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE TRA,NSFORMISME ET L'É VOLUTIOS SOCIALE 57 l'état latent, prit tout a coup un accroissement extraordinaire et devint, sans transition, ce moteur irréductible, dont la fat.ale énergie a pu garder jusqu'a nos jours, sa puissance démorafü;atrice. Les faibles, impuissants a se suffire, cherchèrent naturellement à se mettre sous la protection des forts, la femme se lia a l'homme, les enfants se cramponnèrent au père et a la mère. La famille se forma et avec elle l'autocratie du père de famille, du «patriarche», autocratie sans limite, allant jusqu'au droit Lle.-ie et de moet, qui, dans certains pays, s'est perpétuèe jusqu'à nous clans toute son intégrité et dans toute son inflexible rigueur. Après le groupement des incliYülus, en familles, le même besoin de protection de la part de. faibles, et le mème besoin de domination de la part des forts, groupa 1·apidement les familles en tribus. Entre temps, l'esprit humain se développait et concentrait tous ses efforts, a améliore,· les conditions vitales des milieux. La domestication du chien amenait la formation du troupeau et la vie pastorale. Quelques essais heureux de culture, pro.-oquèrent la prise de possession de territoires, par des tribus qui, de nomades, deYini·ent sédentaires. Telle est, réduite a sa plus simple expression, la genèse des nations, ainsi que la naissance du despotisme autocratique. Mais, ce n'est là qu'un des côtés de l'éyolution. Le dualisme, qui fait le fornl de la nature humaine. ne pouyait faire autrement que de se réYéler dans son intégralité. A côté de la supériorité physique, il y a la supériorité intellectuelle, et celle-ci devait nécessairement essayer de prendre une part actiYe au mouyement. Mieux que cela, par essence et par tempérament, elle était irrésistiblement entraînée à. en accaparer la direction. Comme la supériorité de la force et celle de l'intelligence ne sont qu'accidentel1ement réunies chez le même individu, il s'en suiYit que chaque groupe était destiné a être ballotté entre ces deux rivalités d'ordre différent; mais les intelligents eurent rapidement enYisagé le danger de la situation, ils s'ingénièrent à trou.-er quelque chose de plus fort, que les plus forts. Ce quelque chose, ce fut la religion. • L'invention des Dieux et des Démons tranchait la question et, en outre, apportait une explicat.ion a ces phénomènes naturels, dont les effets provoquent toujours chez les peuples enfants, une terreur inexprimable. Ceu~-là ne pouvaient donc manquer d'être bien accueillis, qui se posaient. en intermédiaires influents, entre le ciel et la terre, entre les hommes et ces divinités redoutables quijouent avec le tonnerre et qui, d'un signe, peuvent convulsionner le monde. • Il serait oiseux de chercher a préciser si le despotisme t.héocra-

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