La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

502 LA REVUE SOCIALISTE haut du ciel, et que le châtiment « diYin » va le frapper. Ce moyen pourrait être efficace, si la propre conduite de ceux qui lui tiennent ce langage ne jurait point ayec leurs affirmations. Et le péril, j'y reviens, est justement dans ce fait qu'il Yoit leurs mensonges, sam; pouvoir en saisir les mobiles si nombreux, puisés, par suite du chaos social, dans les motifs les plus touchants ou les plus honteux, les plus purs ou les plus Yils; sans ètre en état d'analyser cette antinomie des devoirs qui oblige les êtres les plus sincères à sacrifier la franchise à une considération supérieure. Au contraire, en le plaçant parmi d'autres enfants, dans sa sphère naturelle, d'où les agitations humaines sont exclues, nous pouvons lui demander de la loyauté, flétriir hardiment le mensonge, sans craindre qu'il puisse rétorquer nos préceptes par nos exemples. Le monde spécial formé par les enfants présente, pour obtenir ce résultat, une supériorité incomparable sur celui des hommes ; car la petite société, ayant seulement des devoirs simples à remplir, peut être toujours tenue à la franchise, tandis que la grande, qui en a de contradictoires, est fatalement vouée à la dissimulation aussi longtemps que la science n'aura pas yaincu les antagonismes. Mais s'il y a danger dans le contact habituel tle deux àges disparates, la solitude, pour l'enfance, ou ses réunions sans direction, sans contrôle. ne sont pas moins redoutables; car la violence, l'immoralité s'y glissent aisément.. Il n'est sorte d'actions détestables que les enfants ne puissent commettre, quand ils sont livrés à euxmêmes. Tant que leur conscience, c'est-à-dire leur répulsion pour le mal par le sentiment et la raison, n'est pas suffisamment formée, la trame de leurs jours doit se dérouler sous une inspection constante et des yeux exercés. Au rebours de l'homme, dont la Yie priYée, suivant l'expression admise doit être murée. l'enfant, lui, ne doit av:oir qu'une existence publique, dont aucune portion ne soit soustraite à la lumiére. Que pourrait-il Youloir dérober à la connaissance de ses gouvemeurs, sinon des actions blâmables? Une telle organisation réaliserait aussi le bienfait de tous les mécanismes perfectionnés, c'est-à-dire qu'on y trouverait une économie de temps et cle force motrice, qui est représentée ici par l'homme. Conçoit-on la situation de ce dernier, pourvu de ses nombi·euses et riches facultés, quand il faut se consacrer presque exclusi-rnment, à quoi? A la garde et à l'instruction d'un enfant, qui n'aspire, lui, qu'à secouer le joug de cette sénilité dont on l'écrase, et à répandre sa jeune existence au milieu de compagnons de son ,lge. Toute tutelle, tout enseignement. bornés à un seul et qui se peuvent donner à une collection d'êtres, constituent évidemment une distribution vicieuse de l'activité humaine; et si ce système devait se prolonger jusqu'à la jeunesse, chaque professeur ne pour-

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