F;DUCATION 591 complaît : car elle reproduit mieux l'animation et les variétés de la vie. L'homme doit intervenir à titre de surveillant, d'éducateur, et non de compagnon. Hors des fonctions pédagogiques, des solennités ou des entrevues destinées à de mutuelles caresses, rien de plus désordonné, de plus oppressif et de plus dangereux que la présence des enfants parmi les hommes. Ou l'on n'ose agiter que des questions appropriées à leur âge, et ils sont tyranniques; ou l'on ne s'impose pas cette gêne, et l'on fournit à leur esprit des aliments nuisibles. Et il n'est presque pas de sujet de conversation qui ne devienne brûlant; car il faut s'observer à la fois quant au fond et à la forme. 'fel badinage inoffensif, servi comme un condiment, est mal compris par l'enfant, et peut porter le trouble dans ses idées. Il est plongé dans une atmosphère embrasée par des passions étrangères à son âge. Il perce les ombres qu'on laisse flotter à dessein. Le rideau qui cache la comédie humaine se lève trop tôt pour ses jeunes organes. Il voit le jeu des personnages; et quand il ne les croit pas conformes aux types qu'il s'imagine êt.re les meilleurs, et sans pouvoir comprendre encore les causes compliquées qui les font agir, sans rien connaitre de la vie réelle que la fausse image qu'il en a peut-être vue dans des livres composés pour lui, il prononce des jugem~nts iniques ou ridicules, et il distribue au hasard la louange ou le blàme. Il soupçonne prématurément l'immense contradiction entre les homélies qu'il a retenues et les réalités : mais les leçons fécondes qui peuvent s'en dégager sont nulles pour son esprit, ou plutôt il n'en recueille qu'un scepticisme précoce. Un des plus mauvais côtés qui frappe chez lui, c'est son peu de scrupule de mentir. La plupart, sur ce point, poussent l'effronterie à un degré incroyable. Et ce n'est pas un mensonge honteux de lui-même, pour ainsi dire. Non, c'est. un mensonge qui s'étale avec audace, qui jette le défi, qui nie insolemment lorsqu'on le prend en flagrant délit, bien plus, qui se joue dans son propre abaissement. L'indignité particulière de cet- acte échappe à l'enfant. Est-il en état de comprendre que la nature a créé une corrélation nécessaire entre notre pensée et nos organes, et que toute rupture de cette harmonie préétablie est une subversion, une transgression de la loi naturelle? Certes, il ne va pas chercher si haut le principe qui doit diriger ses actions, et l'on ne s'en appuie point non plus pour lui inspirer l'amour de la sincérité. On se borne à exciter sa crainte, en lui représentantie danger d'ètre victime à son tour, ressource bien fragile, appel chanceux à l'intérêt, puisque l'enfant peut toujours espérer d'éviter les représailles en se montrant plus rusé que son adversaire, c'est-à-dire en s'enfonçant davantage dans le vice dont on veut le corriger. Ou bien on lui :assure que « Dieu >) le voit du
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