La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

590 LA REVUE SOCIALISTE père qm a, ce me semble, voix au chapitre. Puis, tu aurais a compter aussi avec l'opinion publique. Le désir, en effet, de bien faire n'en suppose point la capacité. On est moins exigeant aujourd'hui pour l'éducation des bébés que pour l'élève des bestiaux; l'avenir verra les choses a un point de nie plus humain. On comprendra que pour bien élevel' un nou1Tisson, il faut les aptitudes nécessaires. Ris, si tu veux; mais on n'admettra dans les c1·èches, après examenr que les femmes animées du feu sacré de cette seconde maternité, de sorte que les procédés jugés capables d'assurer aux nom'rissons le bien-être physique et moral trouvent en elle des agents fidèles et habiles. Or, on pourrait s'émouvoir pour l'intérêt social, et pour le sort même de ton enfant, de l'obstination que tu mettrais a le garder chez toi, sans offrir aucune garantie de te~ connais~ances et de ton savoir-faire, au lieu de le placer dans la nounicerie pour l'y soigner toi-même, selon le vœu tle ton cœur, mais en te conformant aux pt'escciptions morales et hygiéniques, passées 1lans la pratique générale. Ne craindrais-tu pas, par une conduite si extravagante, d'inspil'er le soupçon que ta tendresse est moins grande pour ton enfant que pour toi-même? - Ma chère, je me borne a te répéter que si je dormais du sommeil cl'Èpiménide, et si je voyais, à mon réveil, toutes les mamans de la tene placer lem·s bébés dans les nom·riceries, passées à l'état de paradis terrestre, je refuserais encore avec énergie d'y mettre les miens, et que j'entendrais les garder chez moi, pour les élever a ma fantaisie, et pa1·cette raison décisiYe qu'ils m'appartiennent. - Et moi, je me borne a te répondre qu'on voit aisément, à ton langage, que les premiè1·es influences qui ont agi sur toi ne sont pas celles des crèches en question, et que les mamans de l'avenir mettrnnt le bien de leurs enfants au dessus de leurs caprices. > On voit dans cet entretien le progrès et la routine en présence. Les mêmes raisons, de part et tl'autre, sont applicables aux périodes qui suivront la sortie de la crèche. Comme aujourd'hui, il sera presque impossible que la famille réunisse tous les éléments d'une bonne éducation. Est-il besoin de parle1' aussi des jalousies et des haines produites par les préférences réelles ou supposées <les parents? La morale sermonne ces derniers et veut leur imposer l'égalité <l'affection.Le sentiment étant spontané, on peut leur demantler tout au plus de faire effort pour le <lissimuler.D'ailleurs, ces préférences ne sontelles vas ti-ès légitimes, quand une même famille rassemble, ·comme ,on le voit parfois, des enfants adorables et des monstres ·t Reconnaissons-le : la seule société naturelle Je l'enfance, c'est elle-même. Et plus nomb1·euse est cette société, plus l'enfant s'y

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