La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉDUCATION 589 toute faculté réduite à l'impuissance, faute d'une organisation normale, est un outrage et un défi aux lois éternelles.1 - Mais ne comprends-tu pas le bonheur même puisé par une mère clans sa tikhe que tu peins si douloureuse? Nous dévouer à ceux que nous aimons, n'est-ce pas de la volupté pour notre âme? Quant à moi, j'aurais beau renaître dans je ne sais combien de siècles, et voir toutes les mères entichées des crèches, y placer leurs nourrissons, que, seule, je protesterais, seule, je m'indignerais, seule. je voudrais garder mon enfant chez moi et l'élever à ma guise, en lui donnant mon temps et mes soin~ comme je le fais actuellement. - Permets : tu Yeux dire une petite pa1·tie de ton temps et quelques soins.mesurés à ta conYenance. - Comment? - Sans doute. Pourquoi as-tu donc une femme au service de ton nom·risson et la charges-tu de la besogne la plus dure et la plus , grossière? - Eh bien? suis-je blùmable? En Yérité, YOilàune observation singulière ... - Ne te trouble point! si je la fais, ce n'est pas pour le vain plaisir de te mettre en contradiction avec toi-même. Tu uses de ta fortune pour rejeter sur une mercenaire ces obligations que tu prétendais tout à l'heure si douces, et tu ne te réserves que la tàche la plus conforme ou la moins contraire à tes goûts : rien de mieux, et j'agis comme toi. Mais ta conduite, conYiens-en, ne s'accorde guère avec tes superbes affirmations. Et si tu n'étais pas en état de partager avec une autre le poids ctecette félicité que tu peins sous des couleurs si riantes, je ne doute point qu'il ne te sembl.àt bien lourd à porter? - Tu railles? - Un peu, cela est vrai. Combiende faux héroïsmes qui s'exhalent en paroles sonores et disparaissent ainsi deYant la réalité des faits! Et, pour reprendre ton hypothèse, es-tu bien sûre, d'ailleurs, si tu renaissais dans ce lointain avenir, de retrouver encore des femmes réduites par la pauvreté à te Yendre leurs services? Songe, au contraire, que les gardiennes des crèches seront mues par une véritable vocation ; qu'elles exerceront leur tàche, poussées par le désir, et non par l'indigence; que la durée quotidienne de leurs fonctions maternelles sera limitée par elles-mêmes; qu'elles n'auront à obéir aux ordres d'aucun maître; et qu'elles seront des dames comme toi et moi? - Mais si, après tout, il me plaisai~ de garder chez moi mon enfant? - Tu serais libre! toutefois après avoÎL' obtenu l'assentim,mt du

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