La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

588 LA REVUE SOCIALISTE les méthodes relatives à cette branche de l'éducation, et qu'une fois sanctionnées par l'expérience, le devoir et le désir de chaque maman serait de s'y conformer? -Hum ... - Eh bien! ce séjour paisible, innocent, salubre, créé pour le bébé, approprié à sa nature, est-ce dans les familles qu'il faut le chercher? Ont-elles extirpé de leur sein les scandales et les violences? N'y a-t-il plus des parents furieux qui s'injurient ou se frappent autour du berceau, des taudis homicides où la vie est moissonnée dans sa fleur? Mais ne nous arrêtons pas sur les familles plus ou moins pauvres, entassées dans des réduits étroits ou ignobles, contre toutes les lois de l'hygiène, de la décence et de la liberté, parce que tu pourrais m'objecter justement que j'ai trop facilement raison, et considérons seulement celles où règne une certaine aisance. Que penser d'une organisation qui exige les soins diurnes et nocturnes d'une femme pour chaque nourrisson? Que dis-je: d'une femme? souvent cle plusieurs victimes asservies à sa personnalité enfantine. Car ses cris peuvent détruire le repos de toute une famille, et provoquer, chez le père sm·tout, même le meilleur, des impatiences qui se dirigent injustement contre un être innocent, au lieu de se retourner contre la fatalité d'un système. Si la nature du bébé exigeait cette absorption d'une existence clans la sienne, on pourrait murmurer contre la rigueur et l'étrangeté de la loi, sans posséder pourtant le droit de s'y soustraire : car s'il est pénible de voir, pendant l'allaitement, l'immolation de presque toutes les facultés d'une femme, il serait barbare de mettre en péril, faute des soins nécessaires, la -viemême de l'enfant : mais le désordre seul est la cause du mal. . « Or, je me représente des crèches où des femmes sont amenées par leur vocation, et se relaient à tour de rôle. Chacune, comme clans une salle d'asile, une école, a sous sa garde un certain nombre de bébés. Tout de suite mon esprit se sent apaisé : le cauchemar qui l'obsédait se dissipe. Je vois s·etfacer, comme par enchante1Hent, l'oppression de la famille par l'enfant, ou de l'enfant par la famille; la faiblesse ou la tyrannie de celle -ci; la démoralisation précoce de celui-là, le gaspillage des forces humaines; à leur place viennent resplendir l'ordre, l'emploi judicieux et l'économie des ressources, l'harmonie des moyens avec le but. Le ciel s'ouvre et détrône l'enfer; et nous comprenons que l'enfant en bas âge, comme l'homme, doit être placé dans des conditions où il ne puisse être ni oppresseur, ni opprimé. Que lui faut-il? La tendresse et des soins éclairés. La nature n'en demande pas davantage. Elle défend surtout que plusieurs êtres aimants et intelligents soient persécutés sans utilité par t1ne existence élémentaire : car toute force perdue,

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