La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉDUCATION 587 • lisation, en viendront à placer leurs nourrissons dans les crèches, sans plus de répugnances que si elles les enYoyaient à l'école? - Oui. - Charmant. progrès! j'aimerais mieux la sauvagerie. - En effet, la sauvagerie ne connaît pas les crèches. - Mais c'est de la démence! D'abord, comment peut-on être mère, quand on n'allaite pas soi-même ses enfants? - Écoute, j'ai nourri les miens, pai>coque les circonstances me sont favorables. Mais je connais beaucoup de mamans qui, sur l'avis de médecins très comp6tents, et par des raisons très puissantes, no donnent pas le sein à leurs bébés et les élèvent au biberon; et l'on ne voit pas que ceux-ci s'en. portent plus mal. D'ailleurs ... - Bon 1 mais elles ne se séparent~pas (l'eux ! - Comment! il n'y a pas de mères qui livrent leurs enfants à des nourrices demeurant Dieu sait où? - C'est affreux! elles les ell\'oient le plus souvent à la boucherie? - Sur ce point, nous sommes d'accord. - Ces mères sont in,ligne • 1 - lei, je ne puis m'associer à ton blàme général. Je crois qu'il y a beaucoup plus de situations douloureuses que de mères insensibles. Contentons-nousde plaindre les infortunées qui sont réduites à se séparer de leurs enfants, ot félicitons-nous de n'être pas mises nousmêmes à cette cruelle épreuve. Mais tu m'as interrompue quand je voulais rectifier ton 6trange erreur. Peux-tu supposer, par hasard, que toutes les mères qui le voudront ne seront pas libres d'allaiter leurs nourrissons? - Dans les crèches? - Sans doute. Oùest l'impossibilité? Des dispositions architecturales très simples peuvent les mettre a portée de l'habitation des familles, de sorte que le dérangement soit insignifiant. - Mais quels avantages vois-tu donc dans tes crèches? - L_esavantages du bien sur le mal, de l'ordre sur le chaos, do l'hygiène sur l'insanité, de l'éducation du cœur sur les images corruptrices. Voyons! accordes-tu qu'il faille p1·éserver les yeux de l'enfant de toute violence, et ses oreilles de toute grossièreté? -Oui. - Que les soins dont il doit être entouré demandent une vocation part.iculière? -Certes. - Que son corps, sous peine de s'étioler, a besoin d'air, d'espace, d'un milieu spécial? - Naturellement. - Que le gouvernement des bébés peut, comme le reste, participer au progrès; qu'il est nécessaire de constituer scientifiquement

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