586 LA REVUE SOCIALISTE tion attentatoire aux liens de famille. Cet enfant, qui est habitué à la présence continuelle de ses parents, est placé tout d'un coup dans un milieu d'où il ne pourra sortir que les jours fériés. Sa prison même est quelquefois située si loin qu'il ne peut voir sa famille qu'à la fin de l'année scolaire. Cependant, le cœui:-ne réclame-t-il pas, surtout pour la mère, un contact au moins quotidien? En est-il beaucoup qui ne s'écrient, comme Andromaque : Je ne l'ai pas encore embrassé d'aujourd'hui! Or, de même qu'on n'hésite pas actuellement à livrer l'enfance à ces sortes d'établissements, le temps viendra où personne ne croira que les lois naturelles soient violées, parce qu'on la verra s'épanouir dans des crèches et clessalles d'asile construites, organisées d'après les indications de la science. Ces noms, très inexacts, sont employés ici, parce qu'il n'y en a point d'autres. Les crèches et les salles d'asile, comme on les comprend, no sont qu'une œuvre do bienfaisance, tandis que, pour nos descendants, elles feront partie intégrante de l'éducation. Celles quo nous voyons, quoique à l'état rudimentaire, peuvent rendre d'immenses service8, et inspirent le regret que leur nombre si restreint soit dérisoire, comparé aux infortunes qu'elles ont pour mission de soulager. ·on sent qu'elles sont ouvertes pour les ouvriers pauvres seulement, qui obéissent à la nécessité en y envoyant leurs enfants, et que les plus honorables scrupules doivent en éloigner les ouvriers déjà mieux partagés. Et il en sera de même tant qu'elles porteront l'étiquette de la charité. Mais le jour où elles ouvriront leur sein, non pour cause de prolétariat, mais pour raison de morale et de civilisation, elles figureront dans l'éducation au même titre que les écoles publiques, et ne pourront pas raisonnablement soulever plus de répugnances. Il est question ici du sentiment universel des générations futures, et non des susceptibilités préconçues par un ce1'tain nombre de nos contemporains. Tels d'entre eux ropousse1·ont par avance les crèches et les salles d'asile futures, comme on trouYe encore des vieillards eflrayés qui refusent clemonter en chemin de fer. 'l'ous les établissements nommés écoles obtionclront leur approbation : tous les autres, cré6s en yue de périodes préparatoires et destinés à des enfants plus jeunes, exciteront leur terreur ou leur incrédulité. Beaucoup objecteront que, quant aux salles d'asiles, ces préventions sont trop exceptionnelles et trop ridicules pour qu'on en tienne compte, et que le seul débat doit porter sur les crèches! Soit 1 Voici doux mamans. L'une a une tendresse profonde, mais éclairée, pour ses enfants, l'autre n'a que des préjugés. Ecoutons-les. « Ainsi, tu admets quo les mères, par le développement de la civi-
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