ÉDUCATION 585 même ta sollicitude maternelle pouvait se reposer sur une autre femme. Mais le mari? pourquoi ne paraît-il pas? Y pensez-vous? à chacun sa tàche ! Le père a le département des aifail'es extérieures, comme la mère a le portefeuille de l'intérieur, les enfants compris. Ordre sage et bien propre à procurer le bonheur de l'une et la moralité des autres! Ap1·èstout, il ne peut pas en être autrement, à moins de recourir à des remèdes héroïques. Or, remplacer la Yoiture par la locomotiYe, on a pu y parvenir, non toutefois sans soulever des protestations : mais vouloir innover radicalement sur de tels points, c'est rouler jusqu'au fond de l'utopie. N'est-il pas évident que la famille serait détruite, si les enfants au lieu de martyriser leur mère, entraient dans des instituts spéciaux, organisés sur des bases rationnelles? Mais le mari enfin, puisqu'il ne peut être le gal'dien de ses enfants, pourquoi ne charge-t-il pas quelqu'un de ce soin, - pourquoi? La cause peut se trouyer dans sa pam-reté, dans son avat·ice, dans sa haine, ou dans un plan machiaYélique. S'il est pauvre, s'il aime, et s'il connaît seulement une partie de la vérité, quelle ne doit pas être sa douleur_? S'il est avare, plaignons doublement la malheureuse mère : car l'àme vile de l'ayare ne peut loger que l'égoïsme et la bassesse. S'il hait sa femme, il Yoitayec un horrible plaisir dans ses enfants •les serviteurs inconscients de sa rage. Ce drame épouvantable se joue beaucoup plus fréquemment qu'on ne pense. Enfin, le plus souvent, le mari cherche dans une maternité absorbante le meilleur dérivatif à ce qu'il nomme les égarements de l'imagination, au lieu de répondre aux désirs incompressibles d'un cœur avic11d3'amour et qui ne peut être apabé que par l'amour. Combinaison misérable qui aboutit presque toujours à un échec! calcul honteux, même quand il réussit! calcul infàme, quand cette maternité touche à l'homicide! Que le mari qui ne trouve pas un dérivatif dans les inspirations de son propre cœur, renonce à respoir de le ramasser dans la ruse! La force des choses a mis cependant des bornes au système de l'éducation de l'enfant dans la famille. En effet, quand il est parvenu à un certain âge, on le place volontiers en internat dans quelque école. Celle-ci, on le sait, ne don:qe pas un meilleur enseignement moral : mais elle renferme des facilités d'instruction qui lui font, avec raison, accorder la préférence. Brutale elle-même, d'ailleurs, elle possède le grand avantage pratiq~e de tremper l'enfant pour les brutalités du monde où il doit jouer son rôle. Seulement, de même qu'on a subi si longtemps une cohabitation oppressive, on se jette brusquement dans l'excès contraire, en se résignant à une sépara-
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