ÉDUCATION 583 tent avec convenance ceux qui leur sont sont inrlifférents. Par suite, il faut les placer dans le cercle approprié à leur organisation, comme les enfants moins heureusement doués doiYent trouver un personnel capable de vaincre leur rébellion. On en voit même chez lesquels un seul acte de faiblesse, ou simplement d'abandon du cœur, suffit à détruire la soumission obtenue par des années de réserve et de sévérité; car ils obéissent moins à la crainte d'un châtiment qu'à la fascination d'un caractère ferme qui leur impose. Or, voyez cette femme, assise dans quelque réduit étroit et berçant un marmot dans ses bras. Il suffit de l'entrevoir pour deviner qu'elle est créée pour l'amour, et non pour le commandement. C'est une tige gracieuse et frêle, propre à s'àppuyer, à enlacer; ce n'est pas un tronc robuste qui décourage les attaques impuissantes. Un rare sourire éclaire son visage; ses joues sont creuses. Elle est bien jeune encore, vingt et quelques années peut-être, - et les rirles sillonnent dejà son front. Elle a des mouvements fébriles et de soudaines langueurs. Des cris aigus déchirent l'air; quelques polissons les poussent. Oh 1 quels visages rudes! quelles allures grossières! quelles menaces! quels poings crispés! quels coups ! quelles contorsions! quelles gambades! où est donc le père, le gouyernem·, le mâle chargé de contenir ces démons? Cherchons dans la chambre : nous n'y verrons qu'une colombe; c'est la mère. Elle a parlé : sa voix est bien faible pour dominer cette tempête. Aussi n'ont-ils pas entendu ou n'ont-ils pas voulu entendre. Elle •redouble d'efforts; une toux sèche a suivi ses paroles : qu'a-t-elle demandé? le repos? A quoi bon? elle sait qu'ils ne le lui accorderont pas. Non, moins que cela: une faveur. Elle~leur a dit de jouer dans l'autre chambre; car il paraît qu'ils jou~nt, puisqu'ils brandissent des bâtons, secouent des cordes, e~ lancent des balles autour de sa tête. Cette fois,l'écouteront-ils? Pas davantage. Desbeuglements, des trépignements, des culbutes et des grimaces de défi lui répondent. Elle se lève irritée; elle les poursuit; ils rient aux éclats; c'est un nouveau jeu. Ils courent dans la pièce voisine; elle ferme la porte derrière eux, et revient, tremblante, s'asseoir à la même place. Elle dépose un instant son marmot qui essaie ses premiers pas. Aussitôt la bande revient faire irruption. C'est un nouveau tonnerre de bruits effroyables où la vie animale se déchaîne. Le cercle infernal recommence à tournoyer autour de sa victime. Le marmot est poussé rudement dans la bagarre : il tombe en criant à tue-tête. La mère effrayée le ramasse, et frappe légèreme~t un des polissons à la joue. Le drôle s'écrie, insolent et furieux : << Qu'est-ce que j'ai fait? » Et les rugissements, les invectives, les coups et les évolutions vertigineuses de recommencer de plus belle. La mère alors ne proteste plus. Elle èhêrche à détourner la tête pour cacher ses ye~1xgonflés de
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