La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉDUCATION 581 nécessité d'être juste n'est pas moindre; et, de plu:;, elle est quotidienne. Le bandeau de l'amant couvre aussi les yeux du père et de la mère; et si la claivoyance réside quelque part, ce n'est pas assurément dans leur cœur qu'il la faut chercher. La Yoix du sang n'est pas celle de la justice; et l'une parle si haut que l'autre est rlifficilement entendue. En outre, alors même que le jugement demeure intact, peut-on .en dire autant de la fermeté? Si la perspicacité n'est pas troublée, la tendresse en est-elle amoindrie? Ce juge capable de prononcer la sentence, est-il aussi propre à l'exécuter! Non, une sensibilité inconsidérée empêche la plupart des parents d'appliquer la répression qu'ils jugent indispensable; souvent cette faiblesse est portée l'-Ï loin qu'ils ne peuvent se résigner au moindre acte de sévérité. Imposer une privation à l'enfant, lui infliger une pénalité, le discipliner, lui redresser le sens moral, contrarier de folles impulsions, tout leur sentiment se soulève contl'e une pareille barbarie. Qui sait si sa santé n·en sera pas lésée? si sa vie même n'est pas compromise? Ce cauchemar les hante; ils tremblent presque de devenir meurtr,ers. Sans doute, on en trouve de plus fermes, qui sont à la fois capables de voir et de réprimer : mais au prix. de quelles luttes intérieures! Quoi! ce cher être qu'on adore, c'est justement lui qu'il faut punir! D'autres ne rempliraient-ils pas bien mieux cette tâche, puisque, n'étant pas pères, ils pourraient, sans souffrir, se montrer raisonnables? Il semble, en vérité, qu'en éducation, comme partout, saisis du délire de combattre, on s'éyertue à susciter la douleur, uniquement pour donner à l'héroïsme l'occasion de se produire. L'enfant élevé clans sa famille ne peut guère être qu'opprimé ou oppresseur. Il est animé d'un mouvement perpétuel. Les bouillonnements de la vie physique se traduisent en lui par des besoins presque incessants de bondir, de se démener, de crier, de raidir ses muscles. Cependant on ne làche pas cet assourdissement en chair et en os à l'air libre ou clansde vastes salles, au milieu de ses compagnons de tapage : on le confine dans une prison de quelques pieds carrés, en face de ses parents devenus ses persécuteurs, et qui veulent le condamner au silence et à l'immobilité du tombeau, le pauvre oiseau en cage! Ce sont des despotes, direz-vous. Reconnaissez plutôt que cette situation illogique est seule coupable, puisqu'elle les oblige à exercer une insupportable tyrannie. Ils ont leurs exigences incompressibles, comme l'enfant a les siennes. Le repos leur est indispensable, comme à lui le vacarme. Cet homme que vous accusez est quelquefois un artisan épuisé de travail ; il veut goûter un peu de

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