580 LA REVUE SOCJALISTR bien élevé. L'originalité, en effet, consiste dans la distinction marquée d'une personnalité saillante, et non dans la production cle dissonnanccs grossières ou pénibles. L'esprit de société ne suppose pas la bonté; mais celui-ci, dans sa plénitude, est inséparable de celui-là. Imaginons un homme du monde capable de toutes les bassesses : tant que ses intérêts ne seront pas en jeu, nous ne nous trouverons jamais choqués ni blessés par lui. Faisons de ce misérable un butoe par surcroît : nous n'obtiendrons qu'une âme vile· rloublée d'un forme brutale dont le contact sera douloureux. On sent bien, du reste, que la vraie politesse dont il est parlé ici consiste dans l'application intelligente et particulière des lois du cœur aux relations humaines, et non dans l'observation des minuties bizarres ou ridicules de l'étiquette, variables avec les siècles et les p0uples. Il n'appartient qu'à un petit nombre d'enfants privilégiés de se soustraire aux eilets d'une vicieuse éducation. La rectitude de leur instinct est plus forte que toutes les influences funestes; ils se conservent bons en dépit de tous les exemples conjurés pour les pervertir; mais ces exceptions adorables ne sauraient assurément supprimer la nécessité d'une véritable éducation morale. L'observation est la même pour les parents : si un petit nombre réunissent des qualités exceptionnelles à la hauteur du sace1·docedont ils sont investis, où sont les titres des autres à se constituer les éducateurs de leues enfants? La nature, dit-on, les a élus. Pour aimer, sans cloute,mais non pour corrompre. Leurs droits expirent à la limite où l'intérêt social est compromis, c·est-à-dü·e quand cette corruption menace. Or, n'est-il pas etreayant de penser que, sauf les transgressions formelles et connues, ils peuyent, par la seule contagion de l'exemple, entraîner leurs enfants dans les Yicesoù ils croupissent eux-mêmes? Où est le refuge de l'enfance contre la vie dissolue des parents? Nulle part! L'autorité familiale, en ce cas, devient une véritable école deJperdition. Et plus tard, quand l'élève, à son tour, prouvera que ces leçons n'ont pas été perdues, les aerêts de l'opinion publique ou la loi les porteront-ils au nombre des circonstances atténuantes? On dira que ces foyers d'immoralité forment de tristes exceptions; les mœurs des sociétés les plus ciYiliséesprouvent, au contraire, qu'ils s'étendent à l'immense majorité. Mais, immoralité ou non, il importe, contre l'opinion commune, d'établir la proposition suivante : les pires éducateurs des enfants sont leurs parents. U y a une raison décisive, c'est que, pour cette fonction, la première des qualités. l'impartialité, leur manque. Les codes les récusent comme jurés: pourquoi, comme précepteurs seraient-ils plus acceptables? 11y a réduction dans la gravité des délits et des peines; mais la
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