578 LA REVUE SOCIALfSTE que tu voudrais qu'il te fût /ait. Il faut les mentionner ici, parce que, je le répète, l'abnégation et même la justice tiennent plutôt du cœur que du raisonnement. L'enfant devra être imprégné d'une véritable atmosphère morale, où il comprenne que, pour lui, le but suprême à atteindre, c'est d'être humain. Toute supériorité intellectuelle qui se traduira par une tendance à la domination des hommes, au Heu des choses, devra être combattue comme une folie antisociale. Cette devise d'une saine éducation se lira partout: « Sois fraternel d'abord; savant, ensuite, si tu peux. -. Que l'esprit, porté à la discorde, se sente, à ses débuts, dépaysé comme une monstruosité morale. C'en est une, en effet, et qui, si on ne l'étoufie en germe, le prouvera bien par ses actes. Tous les prix décernés aujourd'hui à l'enfant, supprimons-les, excepté un seul : celui d'application; et instituonsen un nouveau : lo prix de bonté; celui-là sera sans danger, et tant mieux s'il excite l'émulation! La bonté d'ailleurs, je le rappelle, sern un trésor tenu en réserve pour des circonstances de-renues exceptionnelles par le progrès des institutions: et comme on y puisera avec économie, on peut espérer qu'il ne sera jamais à sec. Le dévouement représentera un sommet sublime placé toujours devant les yeux de l'enfant; on fera converger tous les efforts pour lui donner, Rila crise vient, le désir et la force de lo gravir; mais, en même temps, pour lui, courant heureux et libre sur les pentes douces, elle ne viendra peut-être jamais. Toutefois, si l'on peut compter que, dans le train ordinaire de la vie sociale perfectionnée, les actes de sacrifice deviendront très rm·os, il n'en est point ainsi des concessions à l'esprit de société, si admirablement appelé le savoir-vivre : celles-là seront êternelles. Je ne sais plus quel écrivain a dit : c.: On pourrait appeler la politesse une bonté assaisonnée; c'est la bonne grâce ajoutée au bon cœur. ,. On no saurait s'exprime1· ayco plus de justesse. Il est tels hommes, ni sots ni méchants d'ailleurs, aYecqui la vie commune serait un supplice. En effet, ceux-ci ouvrent incessamment le robinet de leur loquacité intarissable et font pleuvoir sur leul's auditeurs forcés un déluge d'observations saug1'enues et d'anecdotes moisies. Impossible de rompre leurs monologues tissus d'insipides vulgarités et de leur faire oomprenùrc que le plaisir d'autrui, et_non pas seulement le leur, doit régler le flot de leur bavardage. Coux-là ont besoin ùe boucs émissaires qu'ils chargent des effervescences de leur propre bile. S'accuser eux-mêmes. ils n'y songent guère; rester silencieux, faute de potn-oir être justes, ils ne l'essajcnt point. Il faut que le volcan éclat.e; et gare aux proches exposés à sa laYe. Tout est bon pour se1•vir de soupape de sûreté à cette vapeur surchauffée. Quelquefois, ces fo1·cenés,revenus au sang-froid, sont
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