574 LA REVEE SOCIALISTE science à la constitution de laquelle sont conviés tous les hommes de bonne volonté ; Les meilleurs procédés de culture morale étant découverts,il faut organiser les institutions où ils peuvent être appliqués. Intelligence négligée ou terrain sté1·ile,c'est la même impuissance, mais un cœur abruti par l'incurie sociale porte des fruits empoisonnés. Le délaissement est criminel dans les deux cas ; mais il est, de plus, dange1·eux dans le dernier. Un homme d'un savoir et d'un esprit faibles, doué de bonté, de sensibilité, avec le tact heureux qu'elles donnent, forme une véritable unité humaine jouant son rôle clans l'harmonie universelle. Un homme de génie ou un érudit au cœur co1·rompu ressemble à un fer monstrueux qui ouvre de nouveaux sillons clans la pensée, mais déchire en même temps autour de lui tout ce qui palpite et qui aime. Ses œuvres sont un bienfait quand sa vie même est un fléau. A la rigueur, une encyclopédie peut suppléer à une instruction médiocre : mais quel livre remplacera jamais le sentiment de la fratemité? La perfection des méthodes, ou l'art d'acquérir la plus grande somme de connaissances avec les moindres efforts, est encore à l'état rudimentaire: qui n'avouera cependant qu'il dépasse infiniment l'art d'inculquer les qualités sociables? Tout, ùans la famille et dans l'école, ne semble-t-il pas organisé pour rendre l'enfance injuste et méchante? En le suivant du berceau jusqu'à l'adolescence, on Yoit se dérouler la trame corruptrice où elle est enchaînée. Par suite, en ne changeant pas le milieu où elle s'écoule, si même la science de la production de la bonté était créée, comment pourrait-on en appliquer les lois? L'influence exercée par les premières impressions est à peine soupçonnée, et la trace qu'elles impriment dans l'organisation est peut-êt.re ineffaçable. Or en quoi consistent-elles, sinon en scènes de luttes, de violence et d'oppression? Les premiers actes de l'enfant ne pouvant être inspirés que par l'esprit d'imitation, on conçoit que, miroir fidèle, il reproduit les images odieuses qui ont posé devant lui. Il a vu des visages irrités ; il a entendu des menaces. des injures, et il s'essaie aussi à la fureur. Plus tard, on lui enseigne à idolàtrer la force. On lui dit qu'un Alexandre, un César, pour avoir porté partout le carnage et la dévastation, furent des grands hommes : et il le croit. On le promène dans le musée historique des hél'os clu brigandage : et il les arlrnire. Il grave clans sa mémoire les noms de cent batailles, et il brfüe cl'tnterminer à son tour. Il s'enquie1·Ltoujom·s do quel côté fut la victoire, mais il ne demande jamais où fut le droit. Sa pulpe cé1·ébrale est pétrie par la ma.in de Mai·s, et il s'y mêle comme un cliquetis clesabres, un bruit de clairons, un roulement de tambours, des décharges d'armes à feu, les
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