572 LA REVUE SOCIALISTE nous retombons dans la même obligation morale indiquée plus haut. La supériorité sera-t-elle attribuée au corps de l'enfant? En vérité, on pourrait croire que c'est la pensée de certains auteurs. Ils s'étendent à perte de vue sur la nécessité de le rendre robuste, et personne ne s'avisera de les contredire : mais ils négligent tant les autres faces du problème, que l'aversion, malgré soi, finit par naître pour leurs élèves, solides mécaniques décorées du nom d'hommes, et qui ne sont guère, en réalité, que des athlètes de foire. La vigueur, tout le monde l'accorde, est non moins inférieure, si l'on veut y chercher l'attribut de la grandeur humaine; elle n'est même pas celui de notre suprématie sur la race animale : car, sui)- posons le plus formidable Hercule enlacé au plus chétif des lionceaux, quelle triste figure ne fera-t-il pas? Les sentiments fraternels, la sensibilité, la délicatesse, la parole conciliante, l'absence de morgue, toutes ces harmonies du cœur, tous ces liens aimables de la vie sociale, tous ces gages de concorde, l'éducation doit s'attacher avant tout à les créer. Eh bien, il est aisé de voir, par le plus léger examen des systèmes suivis dans les familles et dans les écoles, que ce sont les qualités dont on prend le moins de souci et dont la culture est laissée au hasard des organisations. Certes, l'enfant peut bien répéter machinalement un certain nombre de formules plus ou moins morales qu'on introduit bon gré mal gré dans sa mémoire : mais, par malheur, on sollicite en même temps son admiration pour une foule de maximes et de fait historiques en contradiction complète avec cet enseignement; et d'ailleurs, le milieu où il vit, les images qui s'offrent à sa vue, ce qu'il entend, ce qu'il devine, l'influence de l'exemple, enfin, cent fois plus sensible à son esprit que les plus éloquents sermons, suffit à étouffer les germes heureux du bien qu'on voudrait d'autre part féconder en lui. On s'applique, et avec raison, à trouver ou à perfectionner des méthodes pour développer les forces corporelles et intellectuelles : on conseille tel régime, telle gymnastique; chaque jour voit naître des procédés ingénieux de mnémotechnie et de simplification clans les études : mais songe-t-on à découvrir les moyens de faire éclore la bonté? Il y a un personnel capable attaché à des établissements où l'on se propose de rendre les enfants robustes ou savants : mais à qui les remettre et où les envoyer si l'on veut les rendre fraternels? Ou soutenons ce paradoxe effronté que le cœur n'est pas capable ou n'a pas besoin de culture, et continuons .de le livrer avec insouciance à tous les souffles malfaisants qui le flétrissent; ou reconnaissons qu'elle lui est indispensable, et créons pour lui, comme pour le corps et l'esprit, des écoles et des professeurs. On tomberait dans des déceptions infinies en se fiant, pour la
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==