LE DROIT ÉCONOlllIQUE 567 Le souci d'émanciper l'individu était tel, et telle la foi dans la liberté pour assm·er à chacun le bien-être, que la forme propriélaire fut bouleversée par la Révolution. Jadis, la propriété était indivise entre tous le. membres de la famille, car le droit d'aînesse n'est pas autre chose que la :-;anction <lel'indivision propriétaire familiale. La Révolution décr6ta que la propriété serait individuelle et en ordonna le partage entre les ayants droit. D'autre part, le culte de la propriété. professé par les hommes de la Révoluti.on. n'avait rien d'aveuglément idolàtrique. Ce n'était point parce quo la propriété était qu'on la sanctionnait dans le Droit nouveau, mais par~e qu'elle assurait l'existence à ceux qui la posRédaient. Aussi la propriété, fut-elle déclarée de Droit naturel. Nèa nmoins le Droit naturel, tel que l'entendaient les hommes de la fiu du xvrn• siècle, n'eut jamais l'ien <lecommun avec les fameuses « loi" naturelles » des économistes rno1lel'nes.La pensée révolutionnaire a été en quelque sorte sophistiquée par une extension abusive des mots, et tandis que los formulateues du Droit moùel'llc imprégnés de la théorie du Contrat social avaic>ut étendu les sanctions sociales cludroit de chacun, les Lhéot·iciensactuels du droit naturel ont placé ce droit au-dessus du Droit social. Ainsi. pour les hommes ,le la Révolution. la propriété était le moyen d'existence, la garantie de lihertr ei <le sécurité; pour les économistes ùe notre temps, la propriété est de ,droit absolu, et placée au-dessus des lois ellesmemes. Si l'expression a, dans la suite, trahi leur pensée en en proposant d'abusives interprétations, cette pensée n'en a pas moins été fo1·tclairement formulée en son temps par les hommes cle la Révolution, ot notamment par i\1 irabeau, dans son admirable discours posthume (l) sm· l'égalité des partages dans les successions : « Nous pouvons, dit-il, regarder le droit de propriété tel que nous l'exerçons comme une création sociale. Les lois ne p1·otègent pas, ne maint:ennent pa~ seulement la propriété; elles la font naître en quelque sorte; elles la déterminent; elles lui donnent le rang et l'étendue qu'elle occupe dans les droits du citoyen. >> Il est bien vrai que, d'autre part, la De'claration des Droits de l'homme de 1789 dit que « la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé », mais c'est là précisément une constatation de la possibilité pour tous d'accéder à la propriété, autrement cet article nelserait qu'une monstrueuse hypocrisie à la charge des représentants de tout un peuple. garantir la liberté individuelle de tous, m!t.is d'assurer des privilèges aux patrons. (YvEs GUYOT, La science économique, p. 264.) 1.1} « Mirabeau, dit Vermorel da.ns sa Vie de Mirabeau, avait employé ses dernières forces à préparer un travail sur ce sujet. > Ce fut Talleyrand qui en donna lecture à l'Assemblée nationale.
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