La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

566 LA REVUE SOCIALISTE Blois en l'an 1576 soümt éteintes >.).. que « tous édits d'arts et métiers, en::;embletoutes lettres de maîtrise ci-devant accordées en fa-mur d'entrées, mariages, naissances, régences de rois et remes, leurs enfants, ou d'autres causes qu'elles soient, soient révoquées ... Que les marchancls et artisans, soit de métier juré ou autres métiers, ne paient aucune chose pour leurs réceptions, lèvement de boutiques ou autres ))... , enfin qu'il « soit permis à tous marchands de faire trafic à la Nouvelle-France du Canada>), etc. La Révolution :fit disparaître ces abus et satisfit ces besoins. Par l'abolition des maîtrises et des jurandes, elle donna l'essor à l'esprit d'invention; par la liberté <lucommerce, elle augmenta les moyens de consommation; par la suppression des barrières intérieures, elle fLt cesser les famines qui désolaient certaines régions à quelques lieues d'autres régions en pleine abondance. Comme le dit si justement Malon. « Aux temps de Gournay, le travail et le commerce étouffaient sous la réglementation; son cri de liberté fut éminemment progressiste. Depuis, l'anarchie et la licence ont succédé à la réglementation, et les économistes qui, au lieu de dire : « organisez! » crient encore: « laissez-faire!>) me font l'effet d'un individu qui irait criant en plein hivei· : ((Ne portez pas de manteau, clécou- -vrez-vous ! >)parce que. par une chaude journée d'été, un homme ayisé, le voyant haleter, lui aurait fait cette recommandation>) (1). Pour se rendre bien compte que la Révolution française mettait réellement ses principes d'accord avec les faits, il faut se rappeler qu'à cette époque la production industrielle était presque absolument individuelle. L'artisan pom·ait, sans grands frais, acquérir les outils et les matériaux nécessaires à son inclu~trie, et le principal apport était son habileté technique. Il était, dans ces conditions, bien plus rapproché de la propriété que l'ouvrier d'aujourd'hui. Ce qui l'empêchait de devenir propriétaire, industriel, c·étaient préci- ::;émentla réglementation, les frais énormes attachés à l'octroi de la maîtrise, une limitation arbitraire de la concurrence, et autres obstacles hérités de l'organisation économique des temps disparus. Dans ces conditions, les hommes de la Révolution pouvaient être fondés à croire que la liberté donnée à tous suffirait pour que c~acun pût acquérir et conserver la propriété. (2) (1) Histoire critique de l'Economie politique, Lugano, 1876. (2) Toutefois la Révolution dépassa parfois le but et« pat· réaction contre « un abus elle tomba dans un autre, d'où sortit la loi des H-17 juin 1791. « Naïvement, Chapelier disait clans son rapport : Il doit étre permis à tous les « ciloyens de s'assembler, mais il ne doit pas être permis aux citoyens de « certaines professions de s·assembler pour leUl's prétendus intérêts corn- « muns ... » ll n'y avait qu'une erreur de doctrine, une confusion regrettable; plus tard, aux heures de réaction, la législation eut pour but avoué, non de

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