La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE DROIT ÉCONOJ.\1IQUE 565 de la propriété et des avenues qui y conduisent. Dans ces condit ions, proclamer la liberté absolue Llespossédants et des non-posséd ants c'était. liner à la lutte des guerriers bardés de fer et des hommes nus et sans armes; décréter l"égalité entre de· hommes inégalement pourvus, c'était aggraver l'inégalité. Ce qui advint. Faut-il pour cela ne -roir dan~ la Révolution française qu'un mo u- vement de classe? Faut-il croire que les principes qu'elle proc lama et dont elle sïnspiea ne furent qu'un magnifique décor desti né à masquer les machinations de la bourgeoisie? Est-il juste de dire que celle-ci fut la seule bénéficiaire de la Révolution? Non. La RéYolution française a fait son œuvre, toute son œuvre, et ne pouvait la faire autrement, car elle n'ayait le choix. qu'entre une réglementation contre laquelle les hommes et les faits étaien t en révolte ouverte, et une liberté dont les conséquences fune~te s ne pouvaient s'entrevoir qu'à travers les brumes de l'avenir et sans que rien pût être tenté à ce moment pour éviter ces conséquen ces. La réglementation économique des époques de production et de cir- culation limitées ne pouvait plus convenit· à une société dont les organes de production et de circulation s'étaient étendus et multipliés, et la liberté était réellement devenue un besoin, une né ces- sité des temps nouveaux. La réglementation, telle que l'avait pmtiquée le moyen-âge,metta it le monde écpnomique moderne à la torture, et les abus, inhéren ts a toute institution, exagéraiènt leur nuisance à mesure que les ins titu- tions qui leur donnaient naissance devenaient moins nécessaires , (1) si bien que ce fut avec grande raison que les cahiers du TiersÉtat aux États-Généraux de 1614 purent demander que « toutes les maîtrises de métiers érigées depuis les États tenus en la vill e de (t) li en est ainsi de toute institution en décadence. « Comme si ce n'eût pas été assez de maintenir les privilèges exorbitants d e l'aristocratie, il (Louis XVI) cherchait à les étendre pa1· tous les moyens possibles. Il décida qu'un certificat de quatre degrés de ~oblesse, délivré par le généalogiste de ses ordres, serait désormais indispensable pour deveni1· off icier dans l'armée. De même les grades dans la marine, dans l'Église, les bén éfices ecclésias- tiques, les hautes magistratures furent réservés exclusivement aux membres des grandes familles. On avait beau représenter que de p areils réglements, mis en vigueur sous Louis XIV, auraient privé la f'1·ance de quelques-uns de, ses plus glorieux sel'viteurs, Louis XVI s'entêtait à les appliquer. Le 23juin 1789, en face de l'Assemblée constituante, il les confirmait encore. « La noblesse elle-même avouait qu'il la favorisait outre mesure lorsqu'il dépouillait les collèges publics du bailliage <l'Amont pour e nrichir les établis- sement réservés aux enfants des gentilshommes. « J'ai eu raison de dire, s'écrie Mounier, qu'avant la Révolutio n la noblesse « de la naissance procurait depuis quelque temps plus d'av antages qu'elle « n'en avait jamais donné. >> (EDMECHAMPI~N, Esprit de la Révolution française, p. 38, 39.)

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