564 LA REVUE SOCIALISTE sion. Le peuple est dit souverain, le travail proclamé libre, la propriété faite inYiolable, l'égalité décrétée pour tous, et cependant la souveraineté du peuple ne lu! donne ni l'égalité, ni la liberté, ni la propriété promises, octroyées par la Declaration des Droits de l'homme. Si, dans l'ordre politique, trois révolutions ont rapproché les citoyens français du régime contractuel proclamé en droit il y a aujourd'hui un siècle, dans l'ordre économique la même proclamation a maintenu le monopole, l'inégalité et la servitude. Ce sont là choses niées par les bénéficiaires de l'ordre actuel et par leurs théoriciens. Ils montrent triomphalement les famines abolies par la liberté ou commerce, les distances géographiq_ues rapprochées par la vapeur et l'électricité. l'effort humain quasi suppl'imé par la machine, le luxe démocratisé, etc., sans voir que, pour un trnp grand nombre d'hommes, la famine (à l'exemple de la variole, de la syphilis, du typhus) d'épidémique qu'elle était, est devenue endémique et se traduit en anémie, en chlornse, en phtisie; que les ouvriers de la grande inc1ustrie, libres en droit d'aller et de venir, sont en fait attachés à l'usine, à la mine sous peine de la Yie pour eux et leurs familles; que la machine. pour les neuf dixièmes des cas, n'a pas supprimé l'effort, dont l'intensité s'est transformée en durée, mais l'habileté technique de l'ouvrier, désormais réduit à la fonction abêtissante de tâcheron servile; que le nécessaire même n'est pas démocratisé puisque le. salaire est entre les mains de l'employeur, qui ne le dispense au producteur qu·autant qu'il y trouve son intérêt propre. Certes, il serait injuste d'assimiler l'état actuel à l'ancienne servitude. L'escla-vage,qui attachait l'homme à l'homme,le seryage, qui attachait l'homme aux choses, étaient alors de droit et ne laissaient point d'issue à ceux qui en étaient les victimes. Bien qu'on ne doive point appliquer au jugement des choses du passé les principes et les idées modernes, il faudrait se cuirasser le cœur avec une peu enYiable sérénité pour ne point entendre le long cri c1edouleur de resclave antique et pour ne point Yoir la sueur a·aban qui coule sur- la joue maigre du serf chrétien. Mais, de ce que le présent gagne évidemment à cette comparaison avec le passé, faut-il s'enorgueillir? Est-ce une raison pour déclarer que tout est bien, que rien ne peut être mieux, et se senir des principes viYifiants du contrat moderne basé sur la liberté et régalité, afin de condamne,, à jamais tout espoir de liberté et d'égalité? Ne peut-on et ne doit-on pas plutôt chercher à pénétrer les causes d'un résultat aussi peu conforme au but proposé? A l'époque où les principes du Droit moderne furent proclamés, sous la poussée des idées et des faits. une: classe de citoyens avait <1éjàpris une fort.e avance sur le reste de la nation en s'emparant
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