La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

562 LA REVUE SOCIALISTE se procurer de l'argent, et en tolérant que les corporations conférassent la maîtrise aux fils de maîtres sans les soumettre aux épreuves d'aptitudes professionnelles ou rendissent ces épreuves trop onéreuses aux compagnons. Mais les plus opprimés des producteurs, les plus foulés et les plus pressurés pendant cette longue mêlée du moyen-àge, où le Droit n'existait que pour quiconque avait la force, furent incontestablement les paysans. Vingt révoltes farouches, -rite et férocement réprimées, mettent au jour l'extrême misère des ruraux; et ce fut cette misère même, en même temps que leur isolement en petits groupes, qui empêcha que la révolte fût en permanence et bris,H enfin le joug abbatial ou seigneurial. Les Yilles avaient pu échanger la sujétion féodale contre la sujétion royale, moins directe, partant moins lourde; les villages peu ou point du tout. Les nauantes descriptions de La Bruyère et de sir Arthur Young :3ont trop dans toutes les mémoires pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici et l'on peut dire que, pour les paysans, le moyen-âge, historiquement clos a la fin du xve siècle, s'est continué jusqu'a la Révolution française. A en croire l'école positiviste, le moyen-âge aurait été une époque oùle corps social parfaitement homogène aurait YU harmoniquement fonctionner ses 01·ganesjuridiques et politiques. Une loi de solidarité aurait relié le dernier des paysans au roi ou à l'empereur par une série ininterrompue d'obligations réciproques. et cette loi aurait trouYé son expressiôn dans mille parchemins établissant les droits de chacun. Cette théorie n'est pas plus ex.acte que la théorie d'une prétendue unité religieuse a la même époque, unité rompue à chaque génération et dans chaque pays chrétien par quantité de schismes, hérésies, insurrections, massacres, bùchers et autres preuves flagrantes de l'hégémonie catholique. L'ordre économique du moyen-àge, surtout dans le domaine ap;ricole, fut avant tout. oppressif et livré a l'arbitraire du plus fol't, baron, abbé ou monarque. Le serf est à l'origine un esclaYe attaché au sol, qu'on peut même, en dépit du préjugé encore courant, détacher du sol. Gommele dit M. Eugène Bonnemère : « Ne vit-on pas un évêque d'Avranches donner cinq femmes et deux hommes en échange du fier roussin qu'il montait lors cle son entrée dans son diocèse, et un éyêque <leSoissons donner cinq serfs de ses terres dans une circonstance semblable 1 » (1) Inutile d'énumérer ici la trop plus d'argent et le moyen de leur fairn des dons, présents et dispenses, enco1·e qu'ils soit mcapables, au regard de beaucoup d'autres, qu'ils ne veulent recevoir, parce qu'il n'ont les dits moyens. ,, (Préambule de l'édit de 1581). (1) Histoire des pay1ans. T. I, ch, III. M. Bonnemère, dans son travail, est surtout mft par le désir d'opposer à la liberté et à la sécurité relatives du

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