LE DROIT ÉCONOMIQUE 561 « Au x1v0 siècle, dit M. LeYasseur, dans son Histoire des classes ouvi-ières, une ordonnance de l'écheYinage d'Amiens défend aux ouwiers du métier de clraperie de s'assembler plus de quatre à la fois et d'ayoir une bourse commune. Une autl'e accuse les ouvriers tanneurs de conspire1· pour faire, sans aucune raison légitime, augmenter leurs salaires». On conçoit qu'avec un tel régime les grèves fussent rares. « Cependant, dit encore i\I. LeYasseur, de fréquentes contestations s'éleYaient au sujet des heures de tranil et des limites de la journée : On établit dans la plupart des villes une cloche qui sonnait le matin pour appeler les ouwiers à l'ateliee; vers midi, pour annoncer le commencement et la fin du dîner et du repos; le soir,pour marque1· le terme de la journée. » (Statuts des tisserands de Tournay, juillet, 1385.) Cependant. à mesure que se relàchent les liens de l'ancienne corporation, les compagnons ont de plus grandes possibilités de défense contre les maît1·es, et M. LeYassenr nous apprend que « les garçons boulange1·s se mettaient souvent en grève. lis refusaient de s'engage1· chez un maître pour six mois, comme le règlement l'exigeait, et pl'(•fémient. rester employés à la journée. A Lyon, les otwriers imprimeurs se conduü;aient de la même façon à l'égard de leurs maîtres ... Ils se coalisè1·ent pour exiger une augmentation de salaire, une nourriture meilleure et pour empécher Jes·apprentis de trayailler. Ils se mirent en grèYe ». Condamnés à l'amende, emprisonnés, bannis, les grévistes en appelèrent au roi, qui Ol'donna une enquête. Finalement, ils furent Yaincus, mais, du moins, ils avaient pu lutter juridiquement, ce qui est un grand progrès. Par mille moyens, dont le plus ordinaire était l'obligation d'une dépense très au-dessus clesmoyens d'un salarié, les maîtres cônserYaient le monopole de la maîtri e clans les mêmes familles.L'édit de 1581 tenta vainement de détruire cet abus (1) dont le pouYoir luimême se fit trop souyent le complice en conférant la maîtrise pour du tiers de ce que recevait le travailleur agricole. Cela témoign~ d'un plus haut degré d'indépendance pa1-miles tl'availleurs que celui qui règne aujourd'hui; car la nouniture des ouvriers de n'importe quelle classe représente maintenant une fraction bien plus élevée de leur salaire ». (1) « Désirant ... donner ordre aux excessives dépenses que les pauvres artisans des villes jurées sont contraints de faire ordinairement pour obtenir le degré de maîtrise, contre la teneur des anciennes ordonnances, étant quelquefois un an et davantage à faire un r.hef-d'œuvre tel qu'il platt aux jurés; lequel enfin est par eux trouvé maurnis et rompu s'il n'y est remédié par les dits artisans avec infinis présents et banquets~ qui recule beaucoup d'eux de· parvenir au degré et les contraint de quitter les maîtres et besogner en chambre; èsquels étant trouvés et tourmentés par les dits jurés,ils sont contraints d'aller de rechef besogner pour les dits mattres, bien souvent moins capables qu'eux ; n'étant, par les dits jurés, reçus aux dites maitrises que ceux qui ont 36
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