La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE DROIT ÉCONOMIQUE 557 pour se soutenir mutuellement contre les exactions et les violences des seigneurs et du clergé, des gen de cour f't des gens de guerre, et contre les rapines des individus de toutes classes. Les corps de métiers composaient la principale force guerrière des villes aux époques où elles luttèrent pom' se former en communes. Dans ces temps où tout était privilège, et où les libertés les moins contestables, mises sans cesse en contestation, avaient be~oin d'être accordées en franchise et garanties par des chartes, les corps de métier, pour exercer leur industrie, conquéraient quelquefois, achetaient presque toujours, des autorisations qui leur étaient sans cesse ravies et revendues.-. (Oh. RENOUARD.) En échange de cotte protection précaire que le pouvoir accordait aux corporations, celles-ci étaient tenues de ne produire qu'en vue de l'utilité sociale. Entre autres nombreux règlements des métiers, les statuts des peintres et Yitrie1·s de Clermont-Ferrand indiquent bien que, selon l'expression de Karl Marx, l'indu~trie aYait, avant le régime actuel, uniquement en vue la production de " valeurs d'usage n, et non, comme aujourd'hui, de par l'anarchie mercantile, la production de « valeurs d'échange ». « Et affin, disent ces statuts, que ladite ville et le publicq puissent retirer profict et commodité de la juration <lesdits me tiers, et en suyvant estre mieux servys, seront tenuz lesdits maîtres jurés faire ouvertm·e leurs boutiques publiquement pour le service d'un chacun ... Item, qu'ils uandront leurs dits ouvrages et priffaictz à un pris honnête et selon les matières et estoffes qu'ils y mectront, sans exiger personne, se contentens d'un prof/kt médi'ocre. Item, seront tenus de randre leurs ouvrages ou prix faicts, telz et de telle matière, façon et artiffice qu'ils auront promis comme promettant de fere images, portrais ou histoires en huilles, seront tenuz y apporter les plus belles et fines coulleurs que fere se pourra, comme cendre d'azur de roche, laquefine de Florance et de Venize, sans y_ apporter aulCUl/1, fard pour les fere ressembler telz (1). ,. (1) Histoire des Communautés des Arts et Métiers de l'Auvergne, pat· J .-B. Bou1LLET,Clermont, 1857,- Roland de la Platière, le Girondin que sa femme a rendu célèbre, avait été, avant la Révolution, inspecteur général des manufactures. Dans un mémoire rédigé en 1778 il constate les effets de la réglementation en matière de production et s'écrie douloureusement : « J'ai vu couper par morceaux, dans une seule matinée, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, cent pièces d'étoffe; j'ai vu renouveler cette scène chaque semaine pendant nombre d'années; j'ai vu, les mêmes jours, en faire confisquer plus ou moins avec amendes plus ou moins fortes; j'en ai vu• brûler en place publique les jours et heures de marché; j'en ai vu attacher au carcan avec le nom du fabricant et menacer celui-ci de l'y attacher lui-même en cas de récidive; j'ai vu tout cela à Rouen, et tout cela était voulu par les règlements ou ordonné ministériellement. Et pourquoi~ uniquement pour une matière inégale, ou pour

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