La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE DROIT ÉCONOJ\IIQUE 553 guerre, il rachetait sa Yie en aliénant sa liberté. Certes, si l'on se reporte à notre état de ciYilisation, l'esclavage est une chose mon - trueuse; mais il faut bien se pénétrer du droit antique, où la force dominait les rapports sociaux.; d'autre part, ü faut bien considérer C]_u'ilétait a tout prendre plus humain d'asservir le vaincu que de le tuer (encore que ce fut l'utilité autant que la pitié qui détermina le Yainqueur a épargner la Yiede son ennemi réduit à l'impuissance; enfin on doit se rendre compte que, sauf dans la Rome impériale et en Grèce à une certaine époque, les esclaves ne les enfants » porte à supposer « que le sort de ces différentes classes de personnes devait être fort peu différent ». Le même auteur dit plus loin (T. III, p. 120) : « D'après Athénée, les Athéniens, attentifs au sort des esclaves, publièrent une loi en vertu de laquelle un esclave pouvait appeler son maitrn en justice pour cause de mauvais traitement»; et il ajoute:" C'est pourquoi l'orateur Hypéside dit, dans son discours contre Mantithée : « Nos lois ont < accordé non seulement aux hommes libres la plainte contre l'injure, elles ont « même autorisé les esclaves à citer leur maitre enjustice, si quelqu'un voulait « abuser d'eux avec violence. » « 11 y avait, à Rome, deux espèces d'esclaves ouvriers. Les uns travaillaient dans la maison du maître et pour le maitre : c'étaient les cuisiniers (si... coci legati fuerint. (Dig. lib. xxx11, tit. I, 65, S2), les découpeurs (Sen. Ep. 47), les boulangers (Dig., tit. VII, I, 12, S 5), les forgerons, les statuaires, les orfèvres, les cordonniers, les savetiers même (Voir dans Orelli, n° 2,974, le Colwnbarium de Livie, qui mentionne encore beaucoup d'autres artisans, entre autres un doreur (inaurator), un forgeron (faber), un couv1·eur (tector), un caneleu1· (pavimentarius), un peintre tpir.tor), des mtidecins (decutio medicus ), un cltiru1·gien (cbirurgicus), l11souvriers en laine, les foulons (Dig., 1. xxxm, tit. VII, 1. ·12, S 6), les fileuses (Wallon, Hist. de l'esc., II, 3), les tisserands (si ... textores legati fuerint), (Dig., I. xxx11, t. I. S 2), les couturières l Wallon. Hist. de l'esc., Il, 3) et une foule d'autl'es encore. « Les autres lt'availlaient pour le public au profit du ma1tre, qui se faisait entrepreneur d'industrie. Ils devenaient cabaretiers, vendant aux voyageurs les vins ducrüde la ferme (Tabernre cauponide instrumento legati, etiamjusti tutores conti11esiNeratius existimat (Dig., XXXlll, VII. 13), marchands de bœufs ou de chevaux, patrons de barques ou colporteurs (Wallon, II, 3), garçons de boutique (Dig., XXXIII, VII, 15), ou bien écrivains, mineurs, ortèvres, maitres d'hôtel, comme ceux de Crassus. « Cependant, « il y eut bientôt plus d'esclaves que d'ouvriers libres; le mépris des travaux manuels s'accrut et toute émulation du bien dut cesser parmi les gens de métiers. • (LEVASSEUR. 1 Histoire des classes ouvrières, t. I, p. 11, 1.2, 13.) C'est ce que constate également M. Ch. - Letourneau (!'Evolution de la propriété, p. 317 .) « Le nombre des esclaves, dit-il, finit par devenir énorme dans les républiques grecques. Sur un tenitoire de quatre lieues carrées, 5,000 Corinthiens libres détenaient 460,000 esclaves (Athénée, VI, 19). D'après Platon (République, IX) il était ordinaire qu'un-Athénien dans l'aisance possédât une cinquantaine d'esclaves. et Xénophon affirme que plusieurs de ses concitoyens employaient au travail des mines 300, 600 et même jusqu'à 1.000 esclaves. (Revenus d'Athènes, 4). Au temps d' Alcibiade, il y avait, dans l'Attique, environ 20,000 citoyens et 400,000 esclaves. »

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