La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

552 LA REVUE SOCIALISTE sans détruil'e le corps social. Autant dire, surtout à notre époque, où la science pénètre de plus en plus la nature intime des choses et découvre leurs lois de relation, que l'arbitraire n'existe pas et ne peut pas exister. II LE RÉGill1E DU DROIT Ii\IPOSÉ I. Le Droit imposé et les producteurs. Un immense et continuel conflit agite l'humanité depuis ses origines animales. L'individu lutte contre l'individu, et le groupe cont.re le groupe. Le Droit imposé n'est qu'une sorte de trêve que l'intérêt observe et que l'intérêt Yiole. L'intérêt bien entendu conseille l'association <les efforts; l'avidité irraisonnée des brutes ne connaît que les satisfactions immédiates et brave un péril mortel porn· la pitance d'un jour. Aussi l'on peut dire que c'est dans le régime du Droit imposé que les violations de ce Droit sont les plus fréquentes, tant de la part fle ceux qui imposent leur volonté que de ceux qui la subissent; et l'on peut dire aussi que du Droit contractuel seul naîtra la paix définitiYe. Cepenclant,et malgré la renaissance continue de ces conflits à travers l'histoire et parfois à cause d'eux-mêmes, les buts d'utilité ~ommune étaient atteints; à grand frottement, à grande usure de forces et de yaleurs, il est vrai, mais enfin ils étaient atteints. Le régime de Droit imposé appliqué aux organes industriels de la société, et. qui fut la loi de presque tous les rapport§ du monde antique et de la société chrétienne ju qu'à la RéYolution française, n'est pas uniquement,comme on semble le croire,le règne de l'oppression du traYail; l'esclayage, notamment, ne fut pas l'unique support économique de la Grèce et de Rome; et des nations entières, non des moins flo1·issanteset des moins policées ne l'ont connu qu'à l'état d'exception et comme un prolongement de la domesticité familiale (1). L'esclave était un vaincu, et en yc1·tu des lois de la (1) Dans sou Histoire de l'Economie politique des anciens peuples (T. I, pp. 60, 195 et 221) M. Du Mesnil-Marigny constate qu'en Egypte les esclaves furent toujours en petit nombre et que, dans ce nombre, il faut bien se garder d'y comprendre les Hébreux. Les esclaves « étaient traités avec beaucoup de douceur. Certains temples leur servaient de lieux de refuge et leur donnaiP.ut sa possibilité de se soustraire à l'arbitraire it-raisotmé du mattre •... Dans l'Inde « le mot bendeh, par lequel ou désignait à la fois les esclaves et les personnes incapables de gagner leur vie, telles que les femmes, les vieillards et

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