La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LE DROIT ÉCONOMIQUE 551 cette opinion que pour donner plus de force à son affirmàtÎon du Droit social. En réalité l'homme ne peut exercer son activité que dans la société et pat' la société, car c'est tl'elle que lui viennent ses moyens d'action sur les choses, pm· l'etlucation qu'elle lui donne et par l'avance qu'elle lui fait des substances nécessail'es a son développement depuis sa nai sance jm,qu'a ce qu'il prnduise lui-même. On peut donc dire que ce sont les actes de la société tout entière qui constituent a chaque possédant sa part de prop1·iété (1). L'opinion de Bentham sut' le <l1·oitde propriété n'est pas i olée, et Reid avait dit ayant lui:« Le droit de propriel.é n'est pas n"aturel, mais acquis. Il ne dériYe point de la constit\ltion de l'homme, mais de ses actes. » De son côté, Montesquieu indique également l'origine sociale de la propriété : « Comme les hommes ont" renoncé a leur indépendance naturelle pout· Yivre sous ùes lois politiques, ils ont renoncé à la communauté natueelle pour viv1·esous des lois ciYiles. Ces premi~ros lois leur acquirent la liberté; le1-1secondes, là propriété (2).,, AYCO une remarquable p_1·écisiondo pensée ot d'expression, Montesquieu oppose lo Droit social au fait naturel primitif, et de plus il se garde bien de confond1·0l'indépeutlance des premiers âges de l'humanité ayoc la liberté qui est un produit social. Et c'est ici qu'éclate l'insuffisancedeséconomiHtes,si bien c,wactérisée par Stuart Mill. Ils 80 réclament sanHcesse de la liberté, et pour eux la liberté c·cst l'abstention totale des pouvoirs publics. Or, Montesquieu le fait fort bien entendre et l'évidence l'impose : c'est la loi qui organise leHconditions <le la liberté. Sans la loi, où Rera la Ranction des contrats? Quelle sera la sùrcté du crédit et la sécurité des biens? S'ensùit-il quo la propriété et touteR les institutions économiques dont elle est la base soient soumises a l'arbitraire des vouloirs sociaux exprimés par les tyrans ou par les peuples? Oui, mais cet arbitraire étant limité par la nature des choses, et les lois étant l'expression exacte des rapports humains, il ne pourrait subsister par lui-même (1) Un exemple, enti•e mille : Un homme possède une maison située dans un quartier boueux et noir du vieux Paris. Gette maison lui rapporte trois mille francs par an. Survient l'<,dilitôqui, dans le très louable désir d'assainit· ce quartier, perce au travers une ou deux larges voies se reliant aux quarLiers élégants et commerçants. Une de ces voies passe devant la maison aux trois mille francs de rapport, qui, du coup, se transfor111ent en une somme triple ou quâd1·uple au seul bénéfice du propriétaire. Est-ce celui-ci ou l'érlilité c'est-à.-dil"e la sociétél qui a créé cette· valeur~ Evidemment l'édilité Cèla n'empèchera cependant pas notre homme dè décla1·e1•qu'il est le légitime possesseur de ce boni et qu'il ne doit rien à personne. En effet, qui doit à tous nè doit à. pe1·sonne; tel est l'axiome des partisans du Droit naturel opposé au Droit social. Comme vite tomberait cette superbe si en même temps les lois tombaient! (2) Eiprit dis Zoi1 Livre XXVI.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==