La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

550 LA REVUE SOCIAT,ISTE propriété, ou se cantonnent dans la théorie du droit naturel, dont l'inanité a été démonfrée autre part (1). Cependant Stuart Mill, à qui d'ailleurs Reybaud a reproché sa « bienveillance pour le communi~me >>, a compris que l'économie politique n'est pas<<une science subsistant isolément, mais un fragment d'une chose plus grande, une branche de la philosophie sociale, unie aux autres branches par des liens tellement entremêlés que les conclusions qu'elle présente, même clans son domaine propre, ne sont vraies que d'une manière conditionnelle et restent soumises à l'intervention et à l'influence contrariante des causes qui ne tombent pas directement sous ses prises, qu'elles n'ont pas plus le droit de se donner des guides pratiques que n'importe quelle considération d'un autre ordre (2) ». Il recherche donc les fondements du droit de propriété, ou plus exactement du droit do la société sur les choses. La düüribution des richesses, dit-il. est« une institution exclusivement humaine. Los choses étant créées, l'espèce humaine, indiYiduellement ou collectivement, peut en agir avec ces choses comme elle l'entend. Elle peut les mettre à la disposition de qui elle veut, ot aux conditions qui lui conviennent. Dans l'État social, en outre, lol'squ'il s'agit de toute autre situation que la solitude absolue, cette faculté de disposer des choses ne peut exister que du consentement de la société, ou plutôt dos individus qui dirigent sa force active. Et. même, ce qu'un indiYiclua produit par ses efforts indiYiduels, sans être aidé par personne, il ne peut le garrler qu'ayec l'assentiment do la société. Non seulement la société peut le lui enleYer, mais <lesinclividus le pourraient également_et le feraient si la société restait seulement passive, si clic n'inteevenait pas en masse, si elle n'employait ou ne payait d'autres indiYidus pour empêcher qu'il ne fût troublé clans la jouissance de ce qu'il possède. La distribution des richesses dépend donc des lois et des coutumes de la société (3). Les règles qui déterminent cette distribution sont ce quo les font les opinions et les sentiments de la partie dirigeante clela société, et varient considérablement, suivant. les différents siècles et les différents pays; elles pourraient varier encore davantage si les hommes en décidaient ainsi» (4). Stuart Mill a dit: cc Ce qu'un individu a produit par ses efforts indiYiduels, sans être aidé par personne, etc., » comme si les actes de l'homme potrvaient être autonomes, isolés; mais il n'a émis ( 1) Voir mon article sur les lois et les principes du Droit social, Revtte socialiste, août 1889. (2) Mes Mémoires, histoire de ma vie et de mes idées, traduction E.'Cazelles . . (3) Ici Stuart Mill s'est évidemment souvenu des enseignements de Bentham (son premier maître, puisque son père, James Mill, était un benthamiste déterminé), autant que de ceux des Saint-Simoniens dont il avoue d'ailleurs l'influenèé. (4) Principes d'économie politique, liv. li, ch. 181 •

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