La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

POURQUOI JE SUIS SOCIALISTE 543 qui arrivei·ait si ces femmes et ces hommes ivres, chantant, criant. se battant dans les rues, rompaient les barrières qui les retiennent. et se répandaient vers l'ouest sur Londres, brisant sur leur passage la civilisation qui les_a laissés se putréfier dans leur misère et est restée insensible a leur dégradation. N'est-ce pas le rôle d'un bon citoyen, d'essayer <lechanger le système social qui pt·oduit de tels resultats dans chaque grande ville? Cependant la population des bouges n'est pas entièrement composée de gens semblables à ceux dont je viens de parler. Beaucoup sont d'honnêtes, sobres et industrieux ouvriers obligés par la pauvreté et par la nécessité de demeurer près de leur atelier et de se soumettee au destin horrible de vivre dans ces quartiers. Parmi eux se répand un mécontentement. qui est gros de changements. L'instruction éveille en eux. des-désirs et des espéeances qui ne trouvent aucune satisfaction dans les bouges. Elle leur donne des idées plus targes de la vie humaine, et le journal bon marché leur • parle de confo1·tset de jouissances dont ils n'auraient jamais rien pu savoir, absorbés par le lugubre travail de lem· existence éreintante, si l'ignorance les aYait gardés aYeugles. Il se forme lentement un « prolétariat instruit>>qui fera lui-même son propt·e salut et qui refusera de continuer a êfre la base sur laquelle est construite la pyramide de la civilisation. La eivilisation présente s'appuie sur la dégradation des kavailleurs. Pour que cei:;ti·avaiHeurs puissent accepter leur destinée, il faut qu'ils restent pauvres, ignorants, soumis; leur ignorance est le prix de la culture de leurs supériem·s; le loisii· gracieux <le l'aristocrate est acheté avec le dur travail du plébéien; ses mains déhcates sont maintenues blanches et douœs par la callosité et la l'Ougeurdes mains du pauvre; enfin, les travailleurs sont journellement sacrifiés afin que les oisifs s'éjoient. Tette est la eivilisation modePne. Brillante et belle quand elle s'épa- , nouit au soleil, sa fondation est faite de ,ies humaines agonisant dans la souffrance. Un signe des plus encourageant~, peut-être, consiste dans ce fait, que le mécontentement du système présent n'est pas confiné a œux qui en sont, dans un sens spécial, ses victimes. Dans chaque classe de la société on.trouve des hommes et des fommes qui. espèrent une 1·évolutioncomplète dans la méthodt:Jde production et de distl·ibut.ionde la richesse et tt·availlent. ason. avènement. Pat•mi ceux qui profitent le plus du p1·ésent -système, on trouve les plus acharnés contre ce système ; beaucoup de gens dont la destinée est de vivre dans les « classes confortables » qui s'èffot'Centde miner la constitu.tion même qui leur don.ne les privilèges dont ils jouissent. Chez eux, la. sympathie a triomphé de l'égoïsme et leur généreux vin leur semble aigre quand ils le compauent à l'eau amère de la pauue~ dont s'ab1•eu.ventleurs semblables, Ils s'indignent que

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