542 LA REVUE SOCIALISTE des tendances de la société.John Morley,dans sa« Vie do Cobden», constate quel' Angleterre, où le socialisme est supposen'avoir qu'une petite influence, a cependant un plus grand nombre de lois socialistes que tout autre pays du monde. II. Je suis socialiste à cause de la faillite de la c,·vilisation présente. - Dans un article parn dans le numéro de juillet de la Westminster Review, après avoir fait allusion a la déclaration du professeur Huxley, a saYoir qu'il aurait préféré naître sauvage dans l'une des îles Fidji plutôt que ùans un galetas de Londres, j'ai posé la question suivante que je me permets de reproduire ici :. « Est-il rationnel que le prog-1·èsde la société soit aussi inégalement disfribué qu'il l'e:st'? Tandis que la ciYilisation signifie, pour certains pl'ivilégiés, l'art, la beauté, le raffinement - tout ce qui rend la vie belle et gracieuseest-il nécessairn que cette ciYilisation impose à d'autres le labeur pénible, la misè1·e,la clég1·adation,à un point qu'aucun autre peuple ne connaît? Et ces souffrances sont rendues plus aiguës et plus amères par le contraste de ce qu'est la vie pour beaucoup et de ce qu'elle _pourrait êt1·e p0u1·tous. » Car le professeur Huxley a raison. Le sauvage a la forêt et la mer ouverte, la joie de la fo1·ce physique, la nourriture aisément procurée, le doux.loisir après les fatigues de la chasse ; le travailleur civilisé a le labem· monotone et fatigant de l'atelier confiné, l'enfer clu (< palais de gin n pour son lieu de plaisir, le tapage infernal d'w1e cour puante et d'une allée suffocante pom· son chant de nouniœ. La civilisation l'a dépouillé de toute beauté naturelle et de joie physique et lui a donné en échange, un galetas. n n'y a pa.s lieu de s'étonner que, dan:-5ces circonstances, il y ait beaucoup de gens qui n'ont qu'un très faible respect pour notre édifice social et qui sont port.és a pense1·que n'importe quel changement ne peut les plaœr dans une condition pire que celle dans laquelle ils se ti-ouvent. Or, si cette façon de voit' se répandait largement pa1·mi les habitants des bouge!'\,il est clair que la civilisation présente serait en trés grand péril et qu'elle sombret'ait p1·obablementoommela féodalité a péri en France. sous les yagues d'une révolution populaire. Mais une telle révolution, partant des bouges pour se répand1•esur les parties plus heureuses de la ville, ne sel'ait pas une révolution engendrée par des hommes de génie, conduite par des gens d'expérience et de savoir, comme le fat la Révolutwn de 1789; ce serait une explosion sauvage de la misère, de l'inanition, de la témérité insouciante, qui pour un temps court, balayerait tout devant elle et laisse1·ait derrière elle la dévastation. Promenez-vou.s a minuit dans les rues avoisinant la Tour <leL<mdres, le long de Shadwell High Street, ou aux abords de Tiger Bay, et imaginez-vous ce
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