LA. CIVILISATION BOURGEOISE 529 la parole que l'on entend le plus som·ent. Efpour un geste, pour un mot, pour un oubli, on e!t jeté sur le paYé, réduit à chercher longtemps, sans le trouYer, le traYail exténuant, humiliant et mal payé qui, au moins, empêchait de mourir totalement de faim (1). Ainsi, a lïntériem· de l'atelier, c'est pour l'ounier l'abaissante seryitude, l'exténuation sans ti-ève et sans espérance; au dehors, c'est le paupérisme aYec toutes ses douleurs. Etonnez-vous de la triste::;se contemporaine et que ce ne soit pas le chant joyeux d'Antipai·os (2) qu'aient entonné les poètes de la première ·moitié du xrx• siècle. Leurs chants, écho::;de la grande plaillte des p1·olétaires, fm·ent des chants de désolation ou de flétrissures. Le grand poème du siècle fut, en Angleterl'e, le chant de la Chemise de Thomas Hooù, expression immo1·telle,de la désolation - infinie, de la funèbre désespé1·ance, ,le !'ouvrière broyée dans les engrenages de l'exploitation bourgeoise. Les poètes français ne furent pas non ))lus insensibles à la g1·ande douleur du proléta- (1) 4 La misère du chasseur sauvage, qui périt si souvent de faim, disait « déjà en 1819, de Sismondi, n'égale point celle des milliers de familles que « 1·cnvoiequelquefois une manufacture. » « Le paupérisme n'est pas la pauvreté antique; c'est la misère moderne, « développée dam, nos grands centres par l'industrie sans règle, et systéma • « tisée par la fausse science, Il ne tiant pas à la pauvreté réelle du milieu; il << se développe en pleine richesse, comme la glace dans un creuset chauffée à « blanc. Il n'a pour cause ni la maladie ni l'inconduite, mais seulement l'injuste « répartition de la fortune produite, de sorte que les travailleurs entrainés 4 dans le tourbillon croissant de l'industrialisme, comme dans un engrenage " implacable qui ne tient compte ni de leurs souffrances, ni de leur volon té, « ni de leur vie, sont réduits à tourner, sans relâche et sans espoir, pour des « consommateurs dont les coûteux caprices font hausser les p1'ix de toutes « choses, en regrettant de ne pouvoir revenir i1 l'heureuse pauvreté des pays « sans industrie, où la vie est plus gaie et plus libre, les besoins moins nom• « breux, et le taux du salaire dans un rapport plus exact avec les besoins. • tSemerie : Positivistes et Catholiques.j (2) Lor!qu'au troisième siècle, le moulin à vent fut introduit d'Orient dans le monde occidental, le poète Antiparos immortalisa la joie publique dans la strophe suivante, d'une inspiration si haute, si généreuse et d'une facture si b,·illante : <i Esclaves, qui faites tourner la meule, épargnez vos mains et dormez en " paix. C'est en vain que la voix retentissante du coq annonce le mat iu, " DormezI Depuis l'ordre de Demete1·,la besogne des jeunes filles est fa ite « par les Naïades et maintenant celles-ci bondissent, brillantes et légères,sur la « roue qui tourne. Elles entrainent l'axe avec ses. rayons et mettent en mou- « vement la lourde meule qui tourne en rond. Vivons de la vie joyeuse de nos « pères et jouissons, sans travailler, des bienfaits dont la déesse nous "'comble. > Le poète antique avaii compris que l'appropriation des forces naturelles doit 11efaire au profit de tous. • On ne l'entend pas ainsi dans la société bourgeoise. 34
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==