528 LA .REVUE SOCIALISTE vernements de justice administrative, d'éducation nationale, de toute notre organisation morale et sociale, sont à l'état de barbarie..., (1). On se rappelle tristement ces paroles du célèbre professeur d'Iéna, dès qu'on entre dans le monde dolent du salariat.. Le machinisme, qui aurait dû affranchir les prolétaires du tra Yail exténuant, n'a fait que river leur chaîne de misère, de servitude et d'insécurité. C'est vainement que, relevant le defi ironique d'Aristote,la science moderne a fait « marcher la navette toute seule» et fait du fer un docile et tout--puissant travailleur; l'homme n'a pas bénéficié de ces merveilles; le travail est plus pénible et plus long; de plus la fabrique, qui auparavant ne réclamait que des hommes valides, a pris aussi la femme et l'enfant pour Jt:~soumettre, eux aussi, sans considération d'âge ou de sexe, à un travail rendu toujours plus servile, plus torturant, plus épuisant. Il n'y a pas exagération à parler ainsi; la fabrique moderne est devenue une véritable maison de terreur. Travail intensifié, brutalité et insolence des chefs, puis la série des vexations : défense de parler, de chanter, obligation d'arriver à la minute précise, journées inégales allant quelquefois jusqu'à 18 heures par jour, pour chômer le lendemain, amendes arbitraires, ruineuses, humiliantes (2), en un mot, le bon plaisir du maître ou de ses commis ; nul égard, nulle garantie pour l'ouvrier ou l'ouvrière. Telle est la règle de ce qu'on a si bien nommé les bagnes capitalistes. « Si ;rous n'êtes pas content, partez, d'autres attendent à la porte >>; telle est (1) Hœckel : Preuve.~ du transformisme. (2) Malheureusement, ce n'est pas là une exagération. Voici, pour la France, où le travailleur n'est pas le plus malmené, tant s'en faut, quelques chiffres d'un observateur consciencieux et compétent : Dans nomb1·e de départements, des journées de 13 à 15 heures sont habituelles, des jovrnées de 18, de 20, de 24 heures ne sont pas sans exemple? Dans les tissages mécaniques de l'Ain et de Saône-et-Loire, la journée est de 13 heures, da.ns les tissages de coton des Vosges elle est de 14 heures, dans plusieurs départements du midi la durée du travail est souvent, dans les périodes de grande activité, de 14, 15 ou même 16 heu!'es. Les ouvriers,ajoute le rapport de l'inspecteur auquel nous empruntons ces détails, les ouvriers ne peuvent s'y soustraire, sous peine d'expulsion pendant la morte saison. Parfois même, l'ouvrier passe la nuit complète <lusamedi. Il se retire le dimanche matin apres avoir travaillé 24 heures con~écutives. Dans les petits ateliers de Lyon, dont le nombre est fort élevé (25.000 environ), on-travaille jusqu'à 16 et 17 heures par jour. Dans le moulinage de l'Ardèche, de malheureux enfants de 9 à 12 ans travaillent depuis 4 heures du matin jusqu'à 7 heures et demie du soir. Dans les filatures de laine de Fourmies, Anor et Trélon, le ti·avail a été porté à H et même à. 18 heures. (J. Lœsewitz : La législation· du travail, publié dans l'Association catholique.)
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