La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

NOTES SUR LE CANAL DE PANAMA 49 En mars 1881, M. de Lesseps, annonce qu'on a gagné une année. Mais croyez-vous que la clate approximatirn prévue dans le prospectus de 1880 soit rapprochée? Pas du tout, car M. de Lesseps s'exprime ainsi dans le Rapport lu à la seconde assemblée constitutive de mars 1881 : « Nous ayons gagné une année sur l'époque de l'ouverture du cp,nal de Panama à la grande navigation : l'œuvre sera achevée en 1888. ,, - Ainsi,en 1880, la date d'ouverture est pour 1887 ou 1888 au maximum. De 1880 a 1881, on gagne une année; après quoi,on annonce que le canal ne sera pas terminé avant 1888. Comprenne qui voudra ce qu'il faut entendre par cette phrase : « Nous avons gagné une année » ! l Une fois la date de 1888 arrêtée, par exemple, M. de Lesseps la maintient avec opiniâtreté. A l'assemblée du 1er août 1884, il dit:« Le matériel est calculé pour exécuter le total des excavations en deux années, d'où il résulte qu'alors même que nous n'aurions commencé les travaux a sec que le 1•· janvier 1885 et les travaux de dragage que le ier janvier 1886, le canal pourrait être lermù1é MATHÉMATIQUEMENT le 1er jam·ier 1888. ». Cornpuls~z les innombrables articles de revue et de journaux sur Panama, passés en bonne place, et sous des signatures autorisées depuis 1884; qui donc a songé, en 1888, à rappeler a M. de Lesseps sa prédiction mathématique de 1884? Personne. Mais a défaut des journalistes, les actionnaires, les intéressés, qui recevaient et collectionnaient les publications de la Compagnie, les numéros du Bulletin offici'el de la Société du canal, auraient pu confronter les faits, rapprocher les dates et les déclarat.ions. Rien! A chaque déconvenue nouvelle, une phrase stéréotypée répondait à tout : « C'est comme a Suez. » Les rapprochements de faits, de dates et de statistiques qu'on pourrait faire en compulsant le Bulletin offi,cz"edl e la 8ol]zéte sont bien curieux. Je me bornerai à en citer quelques-uns encore, en ce qui touche les prévisions de la Compagnie sur la marche des travaux, leur évaluation, la nature du terrain, etc. On lit dans le Bulletin du l" novembre 1883 : « Le barrage de Gamboa cottera huit millions ». Dans celui du Je' août 1885, je trouve deux évaluations nouvelles : l'une de quarante, l'autre de cent millions! - « Ce barrage est très simple», lit-on encore dans le Bulletin <lu1 •r novembre 1883. « Ce barrage est la plus grosse difficulté technique qu'on rencontre», dira le Bulletin du 1°•mai 1886. Enfin, un mois après, le l°' juin 1886, le nulletin annonce « qu'on va faire des études nom·elles dans le but de recherchei· si on ne pourrait pas éviter ce barrage, « tour de force d'ingénieur-».

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