LA CIVILISATION BOURGEOISE 519 1 Nulle compréhension même d'une Europe initiatrice, libératrice et civilisatrice. Est-ce qu'il y a une Europe,sur ce continent découpé par l'épée en compartiments inégaux, aux bordures héri~sées de fer? On objectera, pour justifier, le droit des nationalités aux àges historiques,aux degrés de d6veloppementdifférents; raisons pitoyables. Est-ce qu'un conseil amphyctionique européen gênerait les manifestations éthologiques des nations fédérées? Quant au Droit, il s'agjt bien de cela dans le siècle du patriote allemand Bismarck. Demandez aux Polonais, aux Irlandais, aux Alsaciens-Lorrains, aux Slewig-holsteinois, aux Triestins, aux Trentinois, âux Crétois, aux Arméniens, si c'est le Droit ou la Force qui parque les peuples. Commetoujours, en pareille circonstanc~, l'Europe morcelée 'par le fer applique aussi hors de chez elle son droit brigand du plus fort contre les peuples et peuplades dont elle devrait être la bienfaitrice et l'éducatrice. Sous prétexte d'expansion coloniale, elle opprime, asservit et pille trois continents, Asie, Afrique, Australie (1), séparant. au lieu de les rapprocher, les nations et les races par des montagnes d'iniquités et des fleuves de sang, qui, quelque jour, crieront vengeance et qui, en attendant, enférocisent et corrompent les envahisseurs, démoralisent et avilissent les envahis. Il y a dans la politique contemporaine quelque chose de plus monsti~ueux, de plus affligeant encore : le péril croissant d'une guerre d'extel'mination entre les civilisés du vieux monde. L'avenir refusera de le croire; ces nations justement fières de leur science, de leurs arts, de leurs richesses, au .lieu de se fédérer pour assurer la paix, pour répandre la justice dans le monde, après l'avoir instaurée chez elle, pour se donner en e.xempleà l'humanité dont elles sont l'avant-garde; au lieu de faire cela, elle se barricadent derrière leur yaniteux particularisme, s'arment épouvantablement les unes contre les autres, prêtes au premier signal que donnera un empereur à l'âme inquiète ou un ministre nerveux, à déchaîner une tempête guerrière qui emportera des millions d'hommes et fera oublier, par une plus que mongoliquedestruction, les traînées de sang que les Alexandre, les César, les Omar, les Gengis-kan, les Tamerlan, les Charles-Quint, les Napoléon, ont laissées dans l'histoire. (2) (1) L'Amé'rique, avec ses immigrés européens notamment anglo-saxons, se charge de la besogne chez elle, par la destl'Uction systématique des derniers autochtones et la mise au pillage de leurs terres. (2) Bien entendu, nous faisons la différence entre les républiques menacées qui doivent armer pour se défendre et les monarchies menaçantes; entre un peuple libre qui veille et des chancelleries scélérates qui conspirent.
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