La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

516 LA REVUE SOCIALIS-TE des égoïsmes déchaînés qui sont les principaux composants de la . société bourgeoise. Nous l'avons dit ailleurs (1) et nous demandons la permission de le répéter, car il importe ici d'insister : « Il ne peut y avoir moralité sociale que lorsque cette moralité découle logiquement de la synthèse intellectuelle d'une époque. Or, ce n'est pas notre cas. Intellectuellement nous sortons de l'éclectisme sceptique pour entrer dans la science, tandis que moralement, nous en sommes encore aux insuffisants préceptes de la théologie, aggravés par le chacun pour soi de la Bourgeoisie triomphante et jouissante. Aussi la science moderne, contre toute logique historique, n'a pas pi-oduit une moralité correspondante; la pensée humaine, comprimée dans le monde capitaliste, est déborcléepar ses propres œuvres. Semblable au Samson biblique, elle est écrasée sous le poids des éléments qu'elle a remués, parce qu'elle manque, dans l'ensemble de ses représentants, de la virilité et de l'altruisme nécessaires pour sortir dignement du vieil et croulant édifice de l'ancienne religion. » Nous en arrivons ainsi à la situation présente, qu'un philosophe anglais (2) a peint d'un seul coup de pinceau : « Unmonde détraqué, ballotté et penchant comme le vieux monde romain quand la mesure des iniquités fut comblée ; les abîmes, les déluges supérieurs et souterrains crevant de toutes parts, et dans ce furieux chaos de clartés blafardes toutes les étoiles du ciel effacées. A peine une étoile du ciel qu'un œil humain puisse maintenant apercevoir; les brouillards pestilentiels, les impures exhalaisons devenues incessantes, excepté sur les plus hauts sommets, ont effacé toutes les étoiles du ciel. Deux feux follets qui çà et là tournent ont pris la place des étoiles. _Sur la lande sauvage du chaos, clans l'air de plomb il n'y a que des flamboiements brusques d'éclairs révolutionnaires; puis rien que les ténèbres avec les phosphorescences de la philantrophie- ce vain météore. » 11n'en pouvait être autrement. Les réalités politiques et économiques ont, dans les consciences, leurs reflets moraux ou immoraux. selon le cas. Le reflet de l'oppression et de l'exploitation généralisées de l'homme par l'homme est essentiellement immoral, en ce que la dominante est ici la soif d'acquérir et de jouir aux dépens d'autrui. Cela n'a pas échappé à des psychologues nullement socialistes: « L'extrême passion de la richesse, dit le célèbre aliéniste Maudsley, <t alors qu'elle absorbe toutes les forces de la vie, prédispose à une 11 décadence morale et intellectuelle; et la descendance de l'homme « qui a beaucoup travaillé pour s'enrichir est presque toujours (1) La Morale sociale, Paris 1886. (2) Carlyle : Les Héros.

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