La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA dIVILI SATION BOURGEOISE 515 gi que est au fond la même que la question sociale; le pur idéal, ce serait que la totalité universelle des êtres, devînt une société consciente, unie, heureuse (1). » Dira-t-on qu'en voulant trop systématiser, même au nom de la science, on pourrait favo1·iserl'éclosion d'un mysticisme d'un nouveau genre, non moins intolérant que l'ancien mysticisme religieux? Crainte puérile : la science n'est pas le bloc d'airain sur lequel s'assied le dogme immobile; elle est le champ immense, toujours ouvert à toutes les recherches orientées vers l'inaccessible vérité absolue, assymptote suprême dont l'esprit humain se rapproche toujours sans l'atteindre jamais. Par voie de conséquence, la morale sociale qui découlera de la nouvelle conception des choses, sera,elle aussi,essentiellement évoluante comme la société elle-mème, qu'elle suivra dans tous ses progrès. Les possibilités ainsi constatées, la réalisation d'un moral adéqltat s'imposerait, Pourquoi en sommes-nous si loin? Parce que la constitution d'une foi scientifique et d'une moralê humaniste, aurait pour conséquence forcée l'établissement d'un ordre politique plus rationnel, d'un ordre économique plus juste. De là l'opposition des dirigeants et des possédants. A un- régime d'oppression, d'exploitation, d'iniquité et de misère, il faut pour principe moral ou la théorie égoïste et chrétienne du renoncement en vue d'une 1:écompenseaprès la mort, ou bien, ce qui est plus platement égoïste encore,les desséchants préceptes du chacun pow· soi, de la meurtrière concurrence universelle, barbare application à l'état social du principe exclusivement zoologique de la lutte pour l'exisr tenée, qu'on ose nous présenter cort1mela grande loi sociale. Aux plus simples clone, on prêche encore que les misères terrestres auront des compensations célestes; àux mécontents onopposé la fatalité de la lutte pour la vie. Tout est préféré à l'enseignement d'une éthique basée, conformément aux connaissances et aux progrès modernes, sur la sympathie universelle de Schopenhauer et l'altruisme d'Auguste Comte. Ils sont nombreux et illustres, cependant, en dehors des deux philosophes précités, les annonciateurs de la morale humaniste; ils ont nom : Didetot, Kant, Fichte, Krause, Herder, Becearia, Bentham, Condorcet, Saint-Simon, Fourier, Robert Owen, J. S. Mill, Channing, Feuerbach, Renouvier,Fouillée, • Guyau; pour ne citer que les premiers qui se présentent à la mémoire. Les mines d'or de l'éthique nouvelle sont inépuisables; seulement, encore une fois, le précieux métal ne peut s'allier à l'argile (1) A, Fouillée : Loco citato.

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