La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

REVUE DES LIVRES 511 La France, avant et pendant la R,évolution, pa·r EDOUARDOLtVIER, 1 vol. in-18. Librairie Guillaumin, Paris. Ce livre appartient à la collection de s:nombreux ouvrages publiés par les conservateurs,à l'occasion du Centenaire de la Révolution. Cette collection ne ruanque pas d'intérêt. Les défensAurs ùu régime féodal se sont livrés, dans ces derniers temps, à des recherches originales sur l'organisation sociale du moyen âge et quelle que soit l'opinion du lecteui· qui parcourt leurs publications, la plupart présentent l'atlrait d'études bien faites, riches de détails sur une foule de points trop dédaignés par les historiens libéraux, qui n'ont pas toujours compris la nature et l'ensemble des institutions sociales de cette époque. Le livre de M. Olivier ne présente malheureusement pas le môme attrait. Il est bourré de faits et de documents; mais collectionnés avec un tel parti pris, présentés sous une telle forme apologétique de la période historique antérieure à la Révolution, qu'on est tout de suite mis en gai·de contre la masse de faits et de citations qu'il a entassés. Sans doute, l'auteur n'a pas eu la prétention, il nous le dit à la première page de son livre, de publier un volume de recherches originales; ce ne sont pas des études nouvelles qu'il a voulu nous donner, mais une sorte de panégyrique de l'ancien régime, basé sur des pièces de seoonde main et prises un peu partout. C'est là un système de polémique qui peut avoir ses avantages, mais qui a bien ses inconvénients aussi. Qui veut trop prouver ne prouve rien. M. Olivier semble vouloir nous convaincre que tout était parfait à la veille de la Révolution; que les quatorze siècles de monarchie française ont été pour la France quatorze siècles de bénédictions constantes, jamais traversés d'orages, de misères, de catastrophes, d'abus ni d'injustices. Alo1•s 1 pourquoi a-t-on fait la Révolution~ Car, enfin, si tout 6tait pour le mieux, quel démon suggéra tout à coup aux français de changer d'état et de se jeter dans la perturbation la plus.profonde qui ait jamais secoué le monde. M. Olivier répondra peut-être que c'est là le secret de Dieu - ou du diable ; pour le lecteur qui veut être instruit, non mystifié,l'explication est insuffisante. M. Olivier, en effet, fait l'apologie de la monarchie française et de l'ancien régime sans distinction de dates ni d'époques. Il semble, à le lire, que le régime féodal soit resté intact de Charlemagne à Louis XVI.On devine quelle confusion ce fouillis jette dans l'esprit. Il cite une ordonnance de Louis XV à côté d'un édit de Saint-Louis, et toujours à l'appui, l'opinion, d'un historien ou le jugement d'un homme politique qui recommande de· son autorité l'acte ou l'institution analysée. Je le répète, c'est là un pt·océdé d'apologie commode. ,Avec ce système, on pourrait faire trente-six tableaux différents, tous aussi véridiques les uns que les autres, de l'histoire universelle, C'est commode, mais pas sérieux. Si, en effet, M. Olivier regrette l'ancien régime proprement dit, le régime de Louis XV et de Louis XVI, il doit exécrer le régime féodal, qui en était justement l'opposé, et réciproquement. Je crois qu'au tond, l'auteur se moque de l'un comme de l'autre et qu'il n'a pas une idée bien fixe là-dessus. Il a cru intéressant de découper à droite et à gauche des faits tlus ou moins exacts, des documents plus ou nioins sincères, plus ou moins justes surtout, - mais tous de nature à montrer que la Révolution a 6t{\ le résultat d'un délire populaire sans raison et· il a assemblé, sans ordre ni date, au hasard, ces documents divers, qui sait~ avec la conviction, peut-être, qu'il donnerait par là, lui aussi, un coup de pied à la Révolution. La Révolution ne s'en porte par plus mal après qu'avant et l'autem· a si peu atteint son but, que je recommande la lecture ae son livre. Il contient des documents, pas neufs, d'une authenticité souvent douteuse, parfois certain intér~t.

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