510 LA REVUE SOCIALISTE résumé, conclut-il, il ressort claireme11t de ces chiffres que les deux tiers de la superficie totale du sol arable de la France sont possédés par moins de 500,000 propriétaires et que l'autre tiers est péniblement cultivé par 20 millions de prolétaires qui jouissent en moyenne d'un revenu annuel de 16 fr. 50 à 25 francs. Est-il étonnant, après cela, que le nombre des mendiants s'élève de jour en jour1 A combien s'élève-t-il actuellement en France? A près de 5 millions d'individus, soit un mendiant sur huit habitants. Et en regard de cette constatation désolante, il place les magnifiques paroles suivantes de Barière à la Convention : c La mendicité est incompatible avec le gouvernement populai1·e. « Ce mot hon'eux de mendiant ne fut jamais écrit dans le dictionnaire répu- « b'licain et le tableau de la mendicité n'a été jusqu'à présent sur la terre que « l'histoire de la Conspiration des Propriétaires contre les non-propriétaires .. « Laissons à l'insolent despotismtl la fastueuse construction des hôpitaux pour « engloutir les malheureux qu'il a faits. Cette horrible générosité du despo- « tisme l'aide encore à tromper les peuples et à les tenir sous le joug ... Ce « n'e~t pas assez pour le peuple <l'abattre les factions, de saigner le commerce « riche, de démolir les grandes fortunes; ce n'est pas assez de renverser .les « hordes étrangères, de rappeler le règne de la juslice et de la vertu, il faut « encore faire disparaitre du sol de la République la servilité des premiers « besoins, l'esclavage de la misère et cette trop hideuse inégalité parmi les « lwmmes, qui fait que l'un a toute l'intempéra.nce de la fortune et l'autre « toutes les angoisses du besoin ... C'.est à la Convention à réparer les injustices « des lois monarchiques, à faire disparaître la grande inégalité des fortunes, « à effacer le nom de pauvres des annales de la République, à bannir la men- " dii:ité par.la bienfaisance et à rappeler fortement tous les citoyens aux droits c de l'humanité et aux devoirs du travail. » Il ajoutait : « N'oublions jam~is « que le citoyen d'une République ne peut faire un pas sans marcher sur son « territoire, sur sa propriété. » Que sont devenues les nobles espérances que cet admirable langage des législateurs de la Convention pouvait inspirer? Hélas, un siècle après que l'Assemblée immortelle a dlcrété l'abolition de la misère, en 1889, la misère sév't, lamentable, aussi intense si ce n'est plus qu'à l'époque où la France donnait au monde la solennelle assurance de devenir un peuple d'égaux. Nolis ne pouvons suivre M. Mansuy à travers l'analyse des chiffres et des documents qu'il cite, pour mont1·er que la misè1·epoursuit toujours son œuv.re de souffrances et de destructions dans les rangA du prolétariat. La conclusion est que sur 36 millions d'habitants, 32 millions sont des prolétaires, <s ou si l'on aime mieux, des non-propriétaires, mendiants, indigents, salariés, dont le revenu n'atteint pas la subsistance ». L'auteur examine ensuite quelle issue est ouverte à une situation pareille, et il aboutit à cette proposition, que rien ne saurait améliorer notre société, si on ne procède pas à « une organisation des forces économiques basée sur l'égalité ». Les divers systèmes d'association, de participation, tant prônés jadis, ne sont qu'un trompe-l'œil, un oreiller commode, offert par les classes dirigeantes à la classe ouvrière pour sommeiller et oublier les seules l'evendication~ par lesquelles elle pourra arriver à améliorer son sort. J'anête là cet exposé, borné par l'espace qui m'est ménagé; ce que j'en ai dit suffira à. faire comprendre quel intérêt présente cet vuvrage, dont l'auteur me parait être un bon bourgeois observateur, aboutissant au socialisme, parce que l'examen des faits lui démontre que seul, le socialisme est capable do trancher le nœucl gordien qui enserre le progrès.
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