La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

nEVUE DES LIVRES 509 grand malheur public et je compren--ls le ressentiment que M. Robinet eu a ~onçu à l'égard de Robespierre; je ne saurais cependant le pa1'tager. La Ré~olution fut un orage tellement épais, que les révolutionnaires frappaient souven à l'aveugle, d9.ns la nuit. Déplorons les coups comme ceux qui atteignil'ent Danton (je dis Danton, et non pas les Danlonistes) mais gardons-nJus de juger selon les règles de la justice politique ordinaire, les e1Teurs lamentables que purent commettre ces hommtls.Gardons-nous surtout des sévérités particulières, qui en sectionnant l'histoire de cette période, la réduiraient et ne pe1'mettraient pas d'en saisi!' toute la grandeur. La misère en France à la fin du x1x0 siècle, pa1' Etienne lVIANSUY1. vol. in-18, pl'ix 3 fr. oO. Pi:.ris, Ghio. Je ne connais pas M. Mansuy, mais je crois pouvoir affirmer sans me t1·omper qu'il est absolument étrange!' à la littérature socialiste. S'il connait les l'evendications contemporaines du socialisme et sa c1·itique économique, c'est d'une façon tl'ès imparfaite et seulement sous la fol'me souvent très inférieure que leur donnent les orateurs de réunions publiques ou de congrès, les seuls qu'il cite. Cependant, son livre aboutit à des conclusions absolument socialistes, et sa critique est socialiste également,- tant le socialisme est le grand facteur de notrtl époque, tant l'ambiant pousse les observateurs impartiaux des maux et des déso:'dres de notre société à une solution unique, imposée, plutôt que voulue, par les faits. Y a-t-il une question sociale? se demanrle tout d·abord M. Mansuy. Deux simples faits divers, empruntés à un journal du même jour, lui suffisent pour répondre à ce point d'interrogation. Dans l'un, on racol!te qu'un homme a été trouvé mort de faim sous une porte cochère; dans l'autre, on détaille les merveilles d'une soirée élégante donnée dans les magnifiques salons de Mme P.,où le Tout Paris qui s'amuse et jouit des délices d0 une existence aristocratique avait dansé toute la nuit. Des hommes meurent de faim dans notre société, à coté des élégances portées à un raffinement de luxe inouï; des femmes se prostituent, le nombre des suicides et des criminels, pour atteintes à la propriété, va en augmentant. Comment, après cela, nier les g-raves imperfections qui nécessitent une amélioration profonde dans les rouages de la machine sociale ~'Les optimistes préteudent qu'à chaque jour suffit sa tâche; que les améliorations sont l'œuvre élu temps; que des perfectionnements incessants sont apportés journellement à la situation des travailleurs; que les progrès réalisés de ce chef sont déjà nombreux; que les salaires s'accroissent tous les joues; qu'en somme, il est inexact de dire que tandis que tout change autout· de nous, seule la situation du prolétaire resle précaire. En réponse à cet optimisme prudhomesque, M. Mansuy examine les dépositions faites devant la Commission d'enquête parlementaire de 1886, les stati5tiques officielles de la consommation, dressées pour un certain nombre de grandes villes, entre autres pour Paris, et les dépositions les plus modérées, les chiffres des statistiques sont d'accord pour montrer que la situation de l'ouvrier ne s'est pas améliorée au cours de ces dernières années, alors cependant que les produits se sont multipliés et que la richesse générale du pays a plus que doublé. Voilà pour les villes. Les optimistes, convaincus d'ignorance ou de mauvaise foi en ce qui touche le bien être des ouvriers des villes,se rejettent sur la campagne. A les entendre, la France serait exclusivement composée de propriétaires. M. Mansuy analyse la distribution des 11 millions de cotes foncières que les écrivains bourgeois ont tant de fois invoquées pour écraser les socialistes sous le poids des réprobations de la propt·iété française et il monti-e que, pour 8 millions de ces prétendus propriétaires, le revenu journalier- moyen s'élève à peine à 3 centimes. 4' En

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