508 LA flEVUE SOCIALISTE suivre, c'est à cela que se borne le talent oratoire et littéraire de Danton. Car, chose étrange! Cet orateur de large envergure, d'une force et d'une puissance supérieure, n'a pas laissé de discours. A peine une ou deux improvisations à la Convention, en réponse aux attaques des Gil'ondins, et c'est tout. Encore ces improvisations, recueillies par les moyens imparfaits de reproduction de l'époque n'ont-elles pas été retouchées par lui. Danton n'avait pas le temps, d'ailleul's, de s'occuper de ces détails. Comme Diderot, il prodiguait les saillies de son génie, sans se donner la peine de les ramasser. Le volume sur Danton émigré, est surtout une page de la politique extérieure de la Révolution bien intéressante, On y voit Danton négocier avec les éléments avancés de la Grande-Bretagne et s'efforcer d'entrainer le peuple anglais dans le pillage de la Révolution. Disons-le en passant, ce n'est pas seulement le rôle de Danton en cette circonstance que M. Robinet a admirablement retracé, mais encore le milieu politique même sur lequel Danton s'efforçait d'opérer. Bref, après ces troi~ volumes, le Danton de Michelet et de Louis Blanc est méconnaissable, tant il sort grandi des infatigables recherches de M. Robinet. Aujourd'hui, le nouveau livre que publie M. Robinet est un résumé de ses ouvrages précédents. C'est une vie rapide de Danton, débarrassée de l'appareil de discussion critique, de l'étalage de preuves et de documents auquel il ~vait été obligé de se livrer, pout· réfutet· les calomnies et les inexactitudes historiques de ses devanciers. La lecture en est d'autant facilitée. Dans une note, l'auteur nous dit que ce n'est là que la réduction d'un travail plus consi<lérable et qui comptera au moins cinq volumes in-8°. Si le Dr Robinet tient sa promesse, ce sera donc une histoire de la Révolution qu'il nous donnera à propos de Danton ; car le conventionnel fut mélé, de janvier 1789 à mai 1794, à tous les événements qui mat·quent la pét·iode ascendante de la Révolution. Nous prenons acte de cette promesse. En attendant, ce volume, publié, nous dit-il, « à l'occasion du Centenaire de 1789 et en vue de l'érection de la statue du Conventionnel à Paris » est certainement (les ouvrages antérieurs de M. Robinet mis à part) ce qui a paru de plus intéressant sur Danton; l'ouvrage de vulgarisation le plus complet et le plus propre à faire connaître l'homme privé et public. Il est divisé en deux parties : la première, contient le récit de M. Robinet, la seconde, avec quelques pièces justificatives, le texte de tout ce qui a été recueilli de Danton : à peine de quoi former un volume de format ordinaire! Mais l'œuvre des grands hommes ne se mesure pas au mètre de papier de leurs écrits, ni aux heures des discours prononcés. L'ouvrage est luxueusement édité, sur beau papier, précédé d'un portrait de Danton d'après un camaïeu du temps. C'est à la fois un excellent livre de propagande et un livre de bibliothèque. P. S. - Dans cette notice rapide, je me suis abstenu de marquer les diver• gences d'opinion qui, sur certains points, me séparent de M. Robinet, moins à propos de Danton que de son entourage et de ses adversaires. Je crois, en effet, que l'entourage rle Danton lui était très iC!férieur et qu'on ne saurait fonder qu'une confianc-e très limitée sur les témoignages des Dantonistes survivants qui ont, après le 9 thermidor, poursuivi Robespierre (et en général tous les membres du grand comité de Salut PublicJ des calomnies les plus atr0ces. Bourdon de l'Oise, Courtois, Fréron, Legendre, etc., furent des réacteut·s impitoyables d0nt les haines déchaînèrent, il ne faut pas l'oublier, la Terreur blanche. M. Robinet me parait avoir trop tenu compte de leurs récriminations posthumes contre Robespie1-re. (m peut, je pense, très bien concilier la justice envers Danton, avec· la justice envers Robe.,pierre et ses amis, dont l'exécution marqua la période descendante de la Révolution. La mort de Danton fut un
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